‹ Fables (volume 2)Chapitre 63 sur 136 · LE GRILLON · texte numérisé non relu

LE GRILLON

Un pauvre petit grillon Caché dans l'herbe fleurie Regardoit un papillon Voltigeant dans la prairie.

L'insecte ailé brilloit des plus vives couleurs : L'azur, le pourpre et l'or éclatoient sur ses ailes. Jeune, beau, petit-maître, il court de fleurs en fleurs,

Prenant et quittant les plus belles.

« Ah! disoit le grillon, que son sort et le mien Sont diff'érents ! Dame nature Pour lui fit tout, et pour moi rien.

Je n'ai point de talent, encor moins de figure; Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici-bas ! Autant vaudroit n'exister pas. »

Comme il parloit, dans la prairie Arrive une troupe d'enfants.

Aussitôt les voilà courants Après ce papillon dont ils ont tous envie : Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l'attraper. L'insecte vainement cherche à leur échapper,

Il devient bientôt leur conquête.

L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps; Un troisième survient, et le prend par la tête :

Il ne falloit pas tant d'efforts

Pour déchirer la pauvre bête.

u Oh, oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché; Il en coûte trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimer ma retraite profonde! »

Pour vivre heureux, vivons caché.

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