‹ Fables (volume 2)Chapitre 77 sur 136 · LA BALANCE DE MINOS · texte numérisé non relu

LA BALANCE DE MINOS

Minos, ne pouvant plus suffire Au fatigant métier d'entendre et de juger Chaque ombre descendue au ténébreux empire.

Imagina, pour abréger.

De faire faire une balance Où dans l'un des bassins il mettoit à la fois

Cinq ou six morts, dans l'autre un certain poids

Qui déterminoit la sentence.

Si le poids s'élevoit, alors plus à loisir

ii6 LIVRE TROISIÈME

Minos examinoit l'affaire;

Si le poids baissoit, au contraire,

Sans scrupule il faisoit punir.

La méthode étoit sûre, expéditive et claire; Minos s'en trouvoit bien. Un jour, en même temps,

Au bord du Styx la Mort rassemble Deux rois, un grand ministre, un héros, trois savants.

Minos les fait peser ensemble :

Le poids s'élève; il en met deux.

Et puis trois ; c'est en vain ; quatre ne font pas mieux. Minos, un peu surpris, ôte de la balance Ces inutiles poids, cherche un autre moyen ; Et, près de là voyant un pauvre homme de bien Qui dans un coin obscur attendoit en silence,

Il le met seul en contrepoids :

Les six ombres alors s'élèvent à la fois.

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