LES ENFANTS ET LES PERDREAUX
Deux enfants d'un fermier, gentils, espiègles, beaux. Mais un peu gâtés par leur père.
Cherchant des nids dans leur enclos, Trouvèrent de petits perdreaux Qui voletoient après leur mère.
Vous jugez de la joie, et comment mes bambins A la troupe qui s'éparpille Vont partout couper les chemins, Et n'ont pas assez de leurs mains Pour prendre la pauvre famille !
La perdrix, traînant l'aile, appelant ses petits, Tourne en vain, voltige, s'approche ; Déjà mes jeunes étourdis Ont toute sa couvée en poche.
Ils veulent partager comme de bons amis. Chacun en garde six ; il en reste un treizième :
L'aîné le veut ; l'autre le veut aussi. « Tirons au doigtmouillé. — Parbleu non. — Parbleu si. — Cède, ou bien tu verras, — Mais tu verras toi-même.» De propos en propos, l'aîné, peu patient,
Jette à la tête de son frère Le perdreau disputé. Le cadet, en colère,
D'un des siens riposte à l'instant.
L'aîné recommence d'autant ; Et ce jeu qui leur plaît couvre autour d'eux la terre
De pauvres perdreaux palpitants.
Le fermier, qui passoit en revenant des champs,
Voit ce spectacle sanguinaire,
Accourt, et dit à ses enfants :
« Comment donc ! petits rois, vos discordes cruelles Font que tant d'innocents expirent par vos coups ! De quel droit, s'il vous plaît, dans vos tristes querelles
Faut-il que l'on meure pour vous? »
'xvi LE PERROQUET
Un gros perroquet gris, échappé de sa cage,
Vint s'établir dans un bocage ; Et là, prenant le ton de nos faux connoisseurs. Jugeant tout, blâmant tout d'un air de suffisance, Au chant du rossignol il trouvoit des longueurs,
Critiquoit surtout sa cadence.
Le linot, selon lui, ne savoit pas chanter; La fauvette auroit fait quelque chose peut-être, Si de bonne heure il eût été son maître,
Et qu'elle eût voulu profiter.
Enfin aucun oiseau n'avoit l'art de lui plaire. Et, dès qu'ils commençoient leurs joyeuses chansons, Par des coups de sifflet répondant à leurs sons,
Le perroquet les faisoit taire.
Lassés de tant d'affronts, tous les oiseaux du bois Viennent lui dire un jour : « Mais parlez donc, beau sire. Vous qui sifflez toujours, faites qu'on vous admire. Sans doute vous avez une brillante voix;
Daignez chanter pour nous instruire. »
Le perroquet dans l'embarras Se gratte un peu la tête et finit par leur dire : « Messieurs, je siffle bien, mais je ne chante pas. »