XVII. LE SAVETIER DEVENU MÉDECIN
Endetté, sans pain, sans ouvrage, Thomas, savetier de village, Passa dans un pays voisin, Et s'y donna pour médecin.
Grâce à son heureuse faconde, Le drôle vendait au grand monde Un antidote, et, sous faux nom.
Récoltait argent et renom.
Le roi du lieu, perclus de goutte, Sur TEsculape ayant du doute, Feint do mêler dans sa boisson L*antidote avec du poison.
« Bois ceci, je te récompense, Lui dit-il, sinon la potence. »
Le faux docteur, pâle d'effroi,
Tombe à genoux devant le roi
Et lui raconte son histoire.
Le prince en rit, comme on peut croire,
Car les rois riaient au bon temps ;
Puis il s'adresse aux assistants :
« A ce maraud, fous que vous êtes,
Vous osez confier vos têtes.
Quand nul n'a voulu lui laisser
Seulement ses pieds à chausser. »
Le sot public veut qu'on l'abuse ; Charlatans, c'est là votre excuse.
XVm. LE TROUBADOUR.
Tes chants, ô troubadour, ont remué mon cœur : Tu m'as fait assister à la lutte sublime Des chrétiens assaillant les remparts de Solyme, Où Godefroi planta son étendard vainqueur.
Prends cette chaîne d'or ; à ton cou suspendue Porte-la, don royal, et demeure à ma cour.
— Excuse mon refus, grand roi ! Le troubadour Regretterait bientôt sa liberté vendue.
L'oiseau siffle gatment son couplet printanier, Laissons-le voltiger de bocage en bocage,