XXII. L'APPRENTI SORCIER
« Le vieux magicien pour une heure est sorti ;
Si j'essayais, en son absence.
D'évoquer le lutin soumis à sa puissance?
Voyons si moi, l'humble apprenti.
J'ai su m'approprier la formule du maître, Et si, sur mon appel, l'Esprit voudra paraître. Balai, balai, quitte ton coin, t>o tes services j'ai besoin :
Prends forme humaine Et seaux on main, A la fontaine Cours pour mon bain. »
Et voilà le balai qui, changeant de nature,
D'un valet sec et long prend soudain la figure.
Un seau dans la main droite, et dans la gauche un seau,
Esclave obéissant, il court à la fontaine,
En rapporte une charge pleine, Qu'il verse en la baignoire ; il s'en va de nouveau, Revient, vide ses seaux et repart au plus vite. Et l'apprenti sorcier rit et se félicite.
« Bravo, dit-il enfin, bravo !
Bien travaillé, balai ! mais voyons : la baignoire Jusqu'aux bords est remplie ; il est, je crois, prudent D'arrêter du lutin le zèle trop ardent.
ciell comment m'y prendre? Ah I maudite mémoire f Malheur 1 j'ai beau chercher, je ne retrouve plus Le mot... le mot qui seul à sa forme ordinaire
Peut rendre ce balai... Que faire?
Assez, fils de Satan!... Mes cris sont superflus ; Quel rempart, quelle digue opposer à ce flux ? Encor ! . .. Le misérable à me perdre s'attache ?
Mais qu'il revienne, un coup de hache...
Ah ! tu me braves, tiens ! Bien frappé, par ma foi I Il est en deux morceaux : au terme de ma peine.
Je puis enfin reprendre haleine...
Mais qu'ai-je fait ? Malheur à moi !
Fatal événement, métamorphose étrange !
Voilà qu'en un valet chaque morceau se change : A l'envf l'un de l'autre, un seau dans chaque main. Tous deux de la fontaine ils prennent le chemin. Et s'en vont revenir, portant charge nouvelle. Les voici, les voici 1 je l'avais bien prévu ; Quel déluge ! arrêtez, grâce ! je suis perdu :