‹ FablesChapitre 12 sur 172 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Le vonl salace du nord sifflait sa note aiguë, Et des hauts peupliers les rameaux tourmentés

Se lamentaient dans Tavenuo.

Près d*un feu pétillant assis dans mon fauteuil, De ma chambre bien close insultant à la bise, Je tournais mes regards vers la nature en deuil.

Tout à coup je vois, ô surprise 1 Un pauvre rouge-gorge, inquiet, agité.

Qui, de Taile et du bec frappant à ma fenêtre.

Implore Thospitalité.

J'ouvre aussitôt ; Toiseau, qui semble me connaître, Vers moi s'élance et, comme un suppliant,

Tombe à mes pieds ; je le ramasse De froid à demi mort, de frayeur tressaillant, Et, pour le réchauffer, dans mon sein je le place ; Puis, ouvrant un buffet, j'émiette un peu de pain, Que Toiseau rassuré vient manger dans ma main. Autour de m0s serins le voilà qui voltige.

« Perche-toi sur mon doigt, petit méchant, lui dis-jo, (Un poète connaît la langue des oiseaux ;) Quand je me promenais, Tété sous ces berceaux. Pourquoi t'envolais-tu sans cesse à mon approche ? Vingt fois je t'appelai, toujours tu t'es enfui ; Pourtant, je te le jure, alors comme aujourd'hui, Je n'avais nul dessein de te mettre à la broche.

— Âh I dit l'oiseau, pas de reproche !

Sur la branche, sur le gazon,

Quand je trouvais ma nourriture.

J'avais horreur de ta prison.

Et la mort me semblait moins dure ;

Mais la faim, la faim que j 'enduro

Dans mon état de liberté, Me force à changer de langage, Et me fait à la mort préférer l'esclavage. »

Indépendance et Pauvreté

Ne font pas souvent bon ménage.

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