‹ FablesChapitre 25 sur 172 · XXI. ULYSSE · texte numérisé non relu

XXI. ULYSSE

Admis à partager et le trône et la couche

D'une jeune divinité, Ulysse, au fond du cœur toujours sombre et farouche,

Refuse Timmortalité.

Dans son exil, rien ne le touche :

Sur un rivage aimé du ciel, Que pare et que féconde un printemps éternel,

Il regrette la pauvre Ithaque, Et ses sombres forêts, et ses rocs sourcilleux ; Laërte, Pénélope et son fils Télémaque,

Sont toujours là, devant ses yeux.

Quittant de Calypso la grotte parfumée, Seul, au bord de la mer, le héros va s'asseoir :

Là, dans un morne désespoir, L'âme d'un noir chagrin lentement consumée, Il regarde les flots, il pleure. Et chaque soir. Quand il lui faut quitter la plage accoutumée, « Que ne puis-je, dit-il, oh ! que ne puis-je voir De mon toit dans les airs s'élever la fumée ! Que ne puis-je de loin voir Ithaque. . . et mourir ! Oui, quels que soient les maux que contre lui prépare Du dieu de l'Océan la vengeance barbare,

Ulysse est prêt à tout souffrir ;

Page 1