III. L'OIE ET LE COQ
Près d'une mare infecte, une oie Disait, en se gonflant d*une orgueilleuse joie : « Sous la voûte des cieux est-il un animal
Que la nature à mon égal Ait comblé de ses dons ? Les autres en partage Ont un seul élément, Teau, la terre ou les airs ; Pour moi, réunissant leurs attributs divers,
Je marche, je vole, je nage. »
Disant ces mots, elle se dandinait.
Se rengorgeait, se pavanait
Et se donnait un port de reine.
Un vieux coq Tentendit : « Ne fais pas tant la vaine, Ma commère, dit-il ; toi qui, d'un ton si fier. Proclames tes talents, essaye un peu dans Tair De suivre Thirondelle, ou le chien dans la plaine, Ou la carpe qui fuit sous Thumide cristal.
Mais ce serait perdre ta peine :
Tu marches mal, nages mal, voles mal, Et Ton te sifQerait dans ton triple domaine.
Toi qui des éléments te crois la souveraine. »
Savoir un peu de tout n'est rien ; Il vaut mieux savoir peu, mais bien.