VIII. LE LION ET LES TROIS TAUREAUX
Contre les assauts d'un lion Trois vigoureux taureaux avaient fait alliance.
m FABLES.
Ensemble on les voyait, forts de cette union, Dans les prés, dans les bois, paître avec confiance. L'ennemi venait-il à paraître, à l'instant
Tous trois dos à dos çse postant, A ses attaques pressantes Opposaient, de toute part, De leurs cornes menaçantes Le formidable rempart.
Que fait leur adversaire ? Il change de tactique, Il renonce à l^ force, et, rusé politique.
Il dit, en s'adressant au plus vaillant des trois ;
« Je suis brave et j'aime les braves.
Si parfois je me baigne au sang de mes esclaves,
C'est le privilège des rois ; Mais à ma bienveillance un grand cœur a des droits. Tu peux, seul et sans crainte, errer dans mon domaine
Sois mon ami ; ds^n^ les périls Tes faibles compagnons pour toi que feraient-ils?
Romps àfinc une alliance vaine. »
Le crédule, taureau,^ tron(\pc par ce discours, — La langue d'un flatteur nous séduira toujours, — Loin de ses con\pagnons s'en va, d'un air superbe. Paître, au bord d'un étang, les joncs fleuris et l'herbe.
Bientôt le perfide lio\i
Sut, par des moyens que j'ignore,
Entre les doux autres encore
Afliener la désunion.
Puis, comme aisément on peut croire.
Dès qu'il les voit tous trois divisés sans retour,
Il les attaque tour à tour, Et remporte sans peine unç triple victoire.