XIX. LE FERMIER ET LE MOINEAU
L*hiver sous son manteau de neige Abritait des moissons le germe à peine éclos ; Un fermier profitait de ce temps de repos
Pour prendre des oiseaux au piège. Au nombre des captifs un moineau se trouvant, A lui tordre le cou le laboureur s'apprête.
Quand le pauvret lui dit : « Arrête,
Qu'au moins je sache auparavant
Pour quel crime il faut que je meure.
Je suis né sous ton toit, et j'y fais ma demeure : Quand les autres oiseaux sont chassés par la faim. D'un regard attristé quand tu cherches en vain L'hirondelle dans l'air, le pinson dans la haie, Moi, fidèle à ta cour, que ma présence égaie, Seul sous la neige encor j'y cherche quelque grain.
Épargne ton ami, ton hôte...
— Assez, assez, dit le fermier ; Tant qu'il se trouvera du blé dans mon grenier. Les hôtes tels que toi ne me feront pas faute ;
Mais à m'en délivrer tous mes soins seront mis : Les amis de mon grain ne sont pas mes amis. »
Ce fermier parlait en avare, Ignorant non moins que barbare :
Le tort, tort bien léger, qu'il nous fait en hiver. Au centuple, en été, le moineau le répare, En happant hanneton, mouche, chenille et ver. Pour nourrir ses petits au bec toujours ouvert.