‹ Fables [microforme] (volume 2)Chapitre 19 sur 109 · LES DEUX RUISSEAUX ET LE ROCHER · texte numérisé non relu

LES DEUX RUISSEAUX ET LE ROCHER

Se

Deux ruisseaux, sortis d’une même source,

S’en allaient gatment à travers les prés.

Nul obstacle, d'abord, ne dérangea leur course : Ils arrosèrent loin et les trèfles pourprés,

Et les blés et le pâturage,

Tout en causant dans ce charmant langage Qu'on appelle murmure et qu’on ne comprend pas. Tout à coup devant eux un fier rocher se dresse

Et leur dit rudement : Or,

Celu — Par quelle maladresse S'égarent donc ici vos pas ?

Prenez une autre route, Si vous voulez encor marcher

Et ne pas voir goutte après goutte Votre onde ici se dessécher.

L'un des ruisseaux partit, décrivant mille courbes Pour éviter le colosse ombrageux, I se perdit bientôt sous les joncs et les tourbes D'un marais fangeux ; | L'autre resta; puis, lentement ses ondes Couvrirent le flanc du rocher.

Il devint un bean lac où les étoiles blondes, Où la barque du nocher Se berçaient mollement. Or, un jour, de la cime Il bondit de l’autre côté, Jetant un voile sublime Sur l'obstacle dompté.

Or, voici la morale, eile n'est pas bien neuve : Celui-là devient grand qui surmonte l'épreuve.

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