‹ Fables [microforme] (volume 2)Chapitre 40 sur 109 · LES DEUX ARBUSTES ET L’'ONDÉE · texte numérisé non relu

LES DEUX ARBUSTES ET L’'ONDÉE

L'hiver a quelquefois des jours de chaude pluie, De même que l'été, des jours de froids brouillards ; La jeunesse a des pleurs qu’uue espérance essuie, La gaieté luit parfois sur le frout des vieillards ; * Et ce triste ou joyeux mélange À pour nous comme un charme étrange Qui nous attire et nous fait mal.

Cette réflexion - ça vous paraît énorme —

Un chêne la faisait à son voisin, un orme.

L'arbre n’est pas plus sot que certain animal.

C'était pendant l'hiver et, la température

S'élevant tout à coup comme au mois de juillet,

Plus d’un ruisseau reprit avec désinvolture, Son cours dans les champs de millet :

Parmi les arbres dont l'orage Battit avec le plus de rage Les rameaux gris, Se trouvaient deux ormeaux, nn grand, un rabougris.

Us Le plus petit des deux, s’emportant, fit un geste 11 Pour secouer les gouttes d’eau, |) Et dit :

fil — Pour moi, j'en ai de reste (ll De cet humide cadeau ; ‘ll Quand je serai sous mon feuillage Le firmaument pourra pleuvoir.

Je. voudrais bien savoir — Ce n’est point de l’enfantillage—- Pourquoi cette pluie en hiver.

Et l’autre répondit :

— L'on ne vit que d'hier;

Il faut savoir attendre Si l’on veut tout entendre,

Et pour m'en délivrer je fais ce que je peux.

En hiver le doux temps n’est que d’une journée. L'orage passa vite et le ciel devint clair; La course du ruisseau fut encore enchatnée Et nul vol ne brava la froidure de l'air.

| Alors l’un des arbustes, — Celui qui n'avait pas, en parlant avec fiel, Secoué l’eau du ciel, Et dit des paroles injustes— L'un des arbustes vit, rayonnant au soleil Sur ses brunes écorces, Et sur ses branches torses, Des flots de diamants, des franges de vermeil.

Par la soumissiuon se transforment en joies

Ils épurent notre âme et sont les grandes voies Qui mènent de la haine aux célestes amours.

— Attends, c'est ton affaire, et souffre si tu veux, Pour moi je:n’aime pas—mes paroles sont franches, — Toutes ces gouttes d’eau qui tombent sur mes branches,

Les peines, les chagrins qui remplissent nos jours ;

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