‹ Fables [microforme] (volume 2)Chapitre 60 sur 109 · LE LABOUREUR ET L’ATHÉE · texte numérisé non relu

LE LABOUREUR ET L’ATHÉE

Un laboureur, honnête homme et chrétien fidèle Qui s’agenouillait chaque jour, Et croyait bonnement que l’âme est immortelle Et doit quitter ces lienx pour un autre séjour ; __ Un brave laboureur, vous dis-je, Qui ne demandait au Seigneur, Pour croire au céleste bonheur, Aucun autre prodige Que le spectacle radieux Que le ciel fait éclore Au couchant à l’aurore,

| 8 mr re cn ES ÈS TR SRE RE same —— Sn 16 ad 8 O7 Pr ne 1 AE PR CE et NN SU AN

Chaque jour sous nos-yeux ;

Un laboureur achevait ses semailles, Quand il vit arriver au milieu de ses champs Un soi-disant athée, un de ces sots tranchants ! Qui veulent enlacer les antres dans leurs mailles. l’angelus du midi, dans le même moment,

Sonnait à l’église voisine ;

Le semeur se signa, puis, fort dévotement, Se mit à réciter le prière divine.

— Pourquoi ce signe de la croix ?

Fit le libre penseur en éclatant de vire :

Est-ce que vraiment tu crois A ce que tu viens de dire ?

— Et pourquoi n'y croirais-je pas ?

Daignez donc me l’apprendre.

— Parce qu’en croyant sans comprendre La raison ferait un faux pas.

A la mort tout s’efface.

Pour la terre on est fait: c’est ici notre place, Et pas ailleurs, Le tombeau ne rend pas sa futile poussière, Et la vice en la mort s’engloutit tout entière,

EL

— Revenez dans deux mois ; à vos accents railleurs Je crois que je pourrai répondre,

L'incrédule partit : il était généreux.

— Vraiment, se disait-il, ces pauvres malheureux Sont bien faciles \ confondre.

Il revint au temps dit; c'était à la moisson.

—Eh bien ! commenca-t-il, eh bien ! pieux garçon, Je viens chercher votre réponse,

— Interrogez mon champ, c’est lui qui la prononce.

— Mais je l'écoute en vain.

— Vous avez vu ce grain ?

Je l'ai mis au printemps dans une chaude terre ; Il a semblé pourrir; tel ne fut pas son sort : Un germe plein de vie est sorti de la mort...

Voyez ce champ superbe, expliquez ce mystère.

L'homme est plus qu'un vil grain, vous savez bien cela ;

Comment pouvez-vous donc jamais nommer chimère d Son espoir de sortir d’une tombe éphémère ?..

C'est ma seule réponse ; allez, méditez-là,

la ;

Page 1