‹ Fables [microforme] (volume 3)Chapitre 25 sur 100 · LE CARCAJOU QUI VEUT S’ILLUSTRER · texte numérisé non relu

LE CARCAJOU QUI VEUT S’ILLUSTRER

Un carceiou, jadis, ayant fort bonne dose D'impudence et de vanité, Cherchait une opportunité De se foire un renom par quelque grande chose. Commen fl voulait se rendre immortel, C'était son but supr£iae, Les hom Ne fut-ce même Que par un fait accidentel,

Plein de cette pensée Qu'on peut dire insensée

Quand elle vient d’un carcajou, Et croyant qu’un haut fait ne sera qu’un joujou Pour sa riche nature, Il part à l'aventure.

[1 n'étrit pas très loin encor

Quand, dans une rivière sssez bien encaissée, Il voit üuu habile castor Qui bâtissait une chaussée.

—- Voilà, se dit-il en émoi, Un travail qui serait assez digue de moi; Mais je puis faire mieux : j'ai plus grande stature Et j'ai meilleures dents, pour couper un sapin, Que ce petit rapin De l'architecture.

‘ommençons donc notre œuvre ; immortalisons-nous, Et rendons jaloux Les hommes orgueilleux dont les longues annales Ne racontent toujours que des choses banales !

peine finit-il ce vaniteux propos Qu'il se mit à ronger un arbre des plus gros ; ais il n'en avait pas coupé toute l'écorce,

Late

Malgré ses coups ardents, Qu'il avait épuisé sa force Et qu'il s'était cassé les dents,

Il rentra dans les bois fou de honte et de rage, Comprenant, mais trop tard, que le plus beau courage Peut faillir; que souvent le désespoir le suit,

Et qu’il faut être propre à l'œuvre qu’on poursuit:

rage, au Courage

uit, FABLE XXVII.

poursuit

nana.

à Unäaurier-rose,

Tout ravi d'être quelque chose, Etalait au soleil ses rameaux et ses fleurs ; Plus loin une pensée, La tête baissée, Semblait dissimuler ses suaves couleurs.

Que je te plains ! que je plains tes pareilles, Petite fleur des bois, Dit le faurier ! On peut t’écraser mainte fois

En emportant mes fleurs vermeilles.

Viens près de ma tige ; on croira Que tu me dois la vie, Et quelque main ravie Alors te cueillera.

La fleur lui répondit d’une voix fort sereine :

—Où Dieu nous a fait naître il u’est jamais d’ennuis. Je demeure où je suis ; Merci de votre peine,

Vous qui vous croyez grands dans votre sot orgueil Parce q’un sang vanté coule dans votre veine, N'humiliez jamais par une pitié vaine

Les humbles qui sont là vivant à votre seuil.

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