LE NOUVEAU RÉGIME
Un jour les animaux sauvages, Pour s'illustrer, Résolurent de se titrer Et de supprimer les servages.
C'était fort beau déjà ;
Mais pas assez ; et l’on songea, Dans ure agape présidée
Par un jeune lion, — Car c'est là, paraît-il, que surgit toute idée, — On songea qu'il fallait, mais sans rébellion
Faire un gouvernement. Quelle en serait la forme ? Le grand nombre choisit le représentatif, Comme étant plus récréatif, On chargea le canard d'annoncer la réforme.
Les fauves de partout parurent satisfaits De cette source de bienfaits.
Dans les divisions rurales
Les élections générales
Se firent partout à la fois.
Seul un singe vendit sa voix.
Puis une élection fut quelque part perdue À cause, paraît-il, de l'influence indue,
De par le droit coutumier Dont la forêt s’honore, Un lion à la voix sonore Voulut être premier, Secouant 3a crinière, ouvrant son œil de flamme, Il commenta son grand programme, Et la droite battit des mains.
La gauche s'irrita. Plus vive que polie, Elle dit que jamais, même chez les humains, On avait vu telle folie,
Chacun resta de son côté : Cela s’appela loyauté.
Alors un vieux loup philosophe D'un ton fort solennel Lança cette apostrophe :
— Votre gouvernement constitutionnel C’est la tyrannie Sottement bénie D'un seul par le moyen de tous.
Un renard répliqua, moqueur :
—Qu'en savez-vous Pour parler de cette manière,
O loup qui dans votre tanière Restez comme sous un linceul £.… C'est le règne de tous, mais on n’en voit qu'un sevl.
FABLE XCVIIL.