FABLE XXII
Le Carcajou.
Quand l’hiver fut venu, le prince de nos bois, L’ours, dans un arbre creux, s’endormit pour six Alors un carcajou d’une astuce profonde [mois
Fit aussitôt savoir
Qu'il prenait le pouvoir,
Et de mainte lieue à la ronde
Les humbles, les petits, les faibles, les peureux Vinrent le supplier de bien veiller sur eux.
Le tyran répondit par un sourire ignoble, A son tour, cependant, survint la gente noble.
“ A-t-on, dites-le moi, rien à me reprocher,” Demanda-t-il, alors, aux orgueilleuses bêtes ?
“ On se sent vertueux, rien qu’à vous approcher,”
Dirent-elles, courbant jusqu’à terre leurs têtes,
Renard riait.
“Tu ris, renard, pourquoi cela ?..
—Nous avons tant pleuré quand vous n’étiez pas là!
— Voilà ce que j'entends par respecter son maître, Reprit le carcajou... Venez tous vous repaître De maint sot animal qui m’a dit autrement.”
Tel demande conseil pour avoir compliment.