FABLE XXXVIII
La Belette et le Hibou.
Une jeune belette entendant un hibou
Lui dire sottement qu’elle habitait un trou,
Gagnait avec misère une humble subsistance,
# ne pouvait, enfin, jouir de l’existence, Leva fièrement son museau
Et répondit au gros oiseau :
“Je n’ai point d'ailes, point de plume; Ven ayant jamais eu, je n’en ai pas besoin;
Au reste, je n’ai pas coutume
De chercher le bonheur bien loin.
Puis dans le danger je me sauve
Aussi bien que le plus grand fauve.
Voyez; un chasseur vient, adieu ! ”
Se fourrant au milieu
De lépaisse fougère
La belette légère À ces mots disparut.
Aussitôt le hibou, hâtant son vol austère, S’éleva lentement de terre, Mais, par malheur pour lui, le chasseur accourut,
Gardez-vous d’offenser par des paroles vaines Ceux qui sont moins doués que vous;
Ce qui fait notre orgueil peut devenir pour nous Une amère source de peines.