‹ Fables [microforme]Chapitre 10 sur 65 · LE CERF ET LE MANANT · texte numérisé non relu

LE CERF ET LE MANANT

“ Bon homme ! par pitié laissez-moi, je vous prie, “ Ici me cacher un instant.

‘ Des gens veulent ma mort, je vous devrai la vie.” Aïnsi parlait un cerf essoufflé, pantelant, Qui tâchait par ses pleurs d’émouvoir un manant. — Soit, lui répond l’homme aussitôt, “ Je veux bien envers toi me montrer secourable ; ‘ Va de ce pas dans mon étable ‘ Te cacher de ton mieux.” Le cerf y court. Bientôt Survient le chasseur au galop.

Il voit le rustre et crie: ‘“ Eh l’homme! Holà! Ho! ‘ Un cerf a-t-il passé tout à l’heure en la plaine ?....” —‘* Non, monseigneur,.. répond le manant incertain Tout en indiquant de la main L'endroit qui recélait le fuyard hors d’haleine. Le Nemrod n’y prend garde et part à fond detrain, De son côté le Cerf entile la venelle, Et l’homme de crier: ‘“ Où courez-vous ainsi ?.. ‘ Quitte-t-on de la sorte un généreux ami ?... ‘“ Arrêtez un instant, payez-moi de mon zèle ‘“ A vous avoir sauvé ?...”’—‘ Quoi? répond le coureur ‘ En fuyant de plus belle, ‘“ Vous osez bien pour prix d’une infiine noirceur “ Exiger une récompense ?....

+ M'avez-vous cru sans yeux, tantôt quand je vous vis

“ Désigner de la main, —bourreau sans conscience !— ‘“ Le chenil où je nr’étais mis ?..

+ Allez! Je ne vous dois pas de reconnaissance, “ Vous ne méritez que mépris...”

La duplicité dans ce monde Est plus que commune, elle abonde.

—Depuis nos orgueilleux Crésus, Constants adulateurs de l’inconstant Plutus, Jusqu'au plus bas de notre échelle ;— Lecteur, que de nombreux Janus !

Sans compter tous ceux là qui vous font peau nouvelle Quand leurs mauvais plans sont connus !!..

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