‹ Fables [microforme]Chapitre 2 sur 65 · L'ÂNE ET LE RENARD EN SOCIÉTÉ AVEC LE LION · texte numérisé non relu

L'ÂNE ET LE RENARD EN SOCIÉTÉ AVEC LE LION

Sire lion, un jour voulant se délasser,

S’avisa de s’associer Un animal connu par ses longues oreilles

Et le fonrbe renard. Sociétés pareilles Certes se voient très rarement ; Mais n'importe, admettons la chose Et racontons l’événement Sur lequel ma fable repose.

Un daim par ce lion bientôt fut abattu.

—* Voyons dit-il à l’âne, en souriant sous cape,

‘ Partage-nous, mon cher, ce cadavre étendu.

‘ Le gazon verdoyant nous servira de nappe.

‘ Soyons leste, je meurs de faim.” —Maître baudet flatté de cette préférence Débite de son mieux la carcasse du daim Et la partage avec autant de conscience Qu'un passé-maître purgandin, Fabriquant avec art ses pilules affreuses, Y mêle chichement des poudres vénéneuses Que d’un ton doctoral il donne au patient Pour prolonger son existence Ou... le tuer plus savamment Et promptement.

—# Coquin ! dit le lion, le poil droit, l’œil sanglant, * «Je châtirai ton impudence.

‘ Quoi !.… tu me donnerais la plus petite part * À moi lion? Meurs, traître !… Allons, maître renard

“ Montrez-moi votre savoir-faire.”

— Sire, répond renard saluant jusqu’à terre,

+“ Le partage qu'a fait ‘ Cet imbécile de baudet, “ Ce pelé, ce galcux d’une crasse ignorance, En usages de cours, certes, serait parfait, ‘Au moins d'après ma conscience— “il vous eut présenté tout le daïm à la fois, Sans s'être gardé même un seul poil de la prise. Je n'appuie en ceci sur l'esprit de nos lois ‘ Déclarant que le bénéfice «“ De petite ou grosse entreprise * En premier lieu revient aux rois.

“ Ainsi, par conséquent, c'était à vous le choix. “ Que dis-je, sur le daim seul vous aviez des droits, “ Et j'avoue humblement que, suivant la justice, ‘# Vous fites sagement d’étrangler ce butor.

“ Ce partage insolent méritait bien la mort.” —‘ Mon ami, je vous félicite,” Reprit sire lion, en lui donnant soudain Une grosse moitié du daim ; ‘ J’admire tellement votre rare mérite ‘“ Que dès aujourd’hui de ma cour ‘Je vous fais premier dignitaire.

‘Vos arrêts seront sans retour.

‘ D'avance, j’y souscris ; jamais jusqu’à ce jour ‘ Personne mieux que vous n’a su me satisfaire. “ Vous vous entendez en affaire.”

Quand nous vivons parmi des gens Aussi stupides que puissants, Nous devons savoir nous conduire

D’après leurs goûts et leurs penchants...

Aliboron ayant fait montre de bon sens Périt. Maître renard par sa fourbe se tire Sain et sauf du danger :—Et ce même lion Qui l'aurait étranglé tout comme le grison S'il eut été moins plein de ruse, — Pour récompenser son astuce, Lui donne la plus grosse part KR fait un autre roi de ce madré renard.

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