NAUFRAGE DE SIMONIDE
Sans doute c’est beaucoup que d’avoir des richesses,
Mais ce n’est pas assez. IL faut, je pense, encor Pouvoir joindre l’esprit même à des monceaux d’or. Bien fol est qui se fie aux perfides promesses
De l’aveugle et changeant Plutus !
N’a-t-on pas vu souvent—vérité singulière
Un homme s'endormir Crésus,
Et se réveiller Bélisaire ?.
>ar mon récit, je vais montrer
Que la Fortune est inconstante, Et que l’homme d’esprit toujours peut la braver.
En voici la preuve éclatante :
Simonide en chantant la gloire des lutteurs, Parcourut tour à tour les villes de l'Asie, Enfin lorsque l’or des vainqueurs L’eut rendu deux fois riche, il lui prit fantaisie De retourner dans son pays.
Il était, (nous dit-on) né dans l’ile de Cée, Et dût, par conséquent, faire la traversée Par mer. Il s’embarqua. Mais les vents ennemis, Sur un roc jettent le navire.
Il y reste cloué, Les flots vont le détruire... Chacun se croit perdu... .chacun pousse des cris. . .…
C’est à qui saisira son précieux bagage. . ..
Simonide lui seul ne se charge de rien, —“ Que ne t'efforces-tu de sauver du naufrage “ Quelque chose au moins de ton bien ? ” Lui dit un passager le voyant immobile.
—* Cher ami, répond-il, je fais peu cas de Por, * Dans ce.moment surtout, je le crois inutile ; ‘Je porte en moi mon vrai trésor.” Cependant, au plus vite, on se jette à la nage. Plus d’un périt. Le reste des nageurs, Mais en bien petit nombre, aborde sur la plage ; Lorsqu'une bande de voleurs Venant compléter leur détresse, Arrache à chacun ses écus Et sur le rivage les laisse Nus.
Que faire? Où diriger une course incertaine ?. . .…. Où se montrer ainsi? Nos pauvres naufragés Sont tous au plus découragés.
Par bouheur, ils étaient proches de Clazomène, Ils y vont, Un riche savant
Que du grand Simonide admirait les poèmes,
Chez lui le reçoit à l’instant.
Le poète se voit comblé de soins extrêmes, Et de nu qu’il était, il a linge, or, logis, Les autres compagnons du sage, Echappés au naufrage Mendièrent partout du pain et des habits !
XXIIT.