‹ Fables [microforme]Chapitre 33 sur 65 · LE RAT ET SES AMIS · texte numérisé non relu

LE RAT ET SES AMIS

C'ertain rat, jeune encore et sans expérience, Découvrit un vieux magasin

Qui gémissait chargé de farine et de grain.

Il y porta ses Dieux. Là, du soir au matin, Au sein du plus profond silence, L'heureux fripon faisait bombance.

Seul en cette Capoue, aucun chat ne venait Troubler ses repas ni son somme ;

Bref, son bonheur semblait parfait.

Mais hélas! notre rat inconstant comme l’homme Bientôt fut rongé de soucis.

L’ennui le dévorait. Que faire ?..

“ Voyons, dit-il un jour, je veux dans ce logis ‘ Convier d’aimables amis ‘ Qui sauront au moins me distraire.

Je crois déjà les voir heureux, reconnaissants,

* Me donner à l’envi les plus tendres caresses. .

“Je suis riche après tout, et qu'importe aux puissants ‘ De faire aux pauvres des largesses ?. .” Voilà done Rodilard qui court d’un pas léger Prier les rats du voisinage De quitter leur triste ménage Pour accepter chez lui le boire et le manger: ‘“ Amis! leur disait-il, d’une voix attendrie, Vous vivotez en malheureux ;

Moi je suis cent fois riche, eh bien! frères, je veux Descendre parmi vous le fleuve de la vie Au milieu de joyeux festins !

Venez, ne manquez point.” Dès le soir, comme on pense. Accourut une foule immense D’amis improvisés, ou plutôt de coquins Comme on en voit tant dans ce monde, Chaque fois qu’il s’agit d’écomnifler les plats. En un mot, bientôt tous les rats De plus d’une lieue à la ronde Viennent chez Rodilard qui les reçoit gaîment, Les voilà donc mangeant, saccageant, gaspillant Ce grenier qui pour eux est un nouveau Cocagne ; Quand par malheur, un beau matin, Le maître de ce magasin Qui durant les chaleurs habitait la campagne Vint visiter sa farine et son grain.

Il voit l’affreux dégât, fait tout changer de place Sans différer un seul instant ; Et notre amphytrion, hier Crésus puissant, Réduit soudain à la besace Dut déguerpir au trot de son cher paradis :

Fortune ingrate et mensongère !

Pensa-t-il en fuyant, de tes coups je me ris. ‘ N’ai-je pas de nombreux amis ‘ Qui se croiront heureux d’adoucir ma misère !.. “ J'irai dîner ici, je souperai là-bas, « Je verrai tour à tour ancienne connaissance ‘ Qui paîra de son mieux ces splendides repas « Témoignage éclatant de mes jours d’opulence.

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