‹ Fables [microforme]Chapitre 36 sur 65 · LA GUENON ET SON PETIT · texte numérisé non relu

LA GUENON ET SON PETIT

Un jour le maître du tonnerre Au pied de son tribunal De la création entière Convoqua chaque animal.

—I1 voulait voir la créature Qui parmi toute la nature Avait le plus bel enfant.— Tous arrivent à l’instant.

Mais la guenon vint la dernière Tenant embrassé son petit.

Quand elle entra, chacun sourit, Puis partit d’un rire d’'Homère :

‘ Ah vous riez, mes envieux !

#6 Mais riez donc... J’en suis bien aise, “ Leur dit en roulant de gros yeux ‘“ Dame Guenon. Aux Dieux ne plaise ‘ Que je m'en fâche aucunement !..

‘“ Jupiter, le juste arbitre, ‘“ Saura préférer mon enfant, ‘“ Et cela pour plus d’un titre...

« Qu’ont-ils de beau vos marmots “ Dites, mesdames les rieuses ?....

‘ Ils sont tous vilains, tous sots..

‘“ Leurs formes sont disgracieuses,

“ Voilà! Mais mon nourrisson

“ À peu de chose est tout comme ‘“ L'animal qu’on appelle homme.

‘“ Je crois la comparaison ‘ Juste, encor me faut-il dire ‘“ Que mon petit sait sauter, ‘ Grambader et grimacer, ‘ Quoiqu’il doive encor téter.

‘“ Tout ça va-t-il vous suffire ?..

“ Vos nourrissons si charmants ‘ Auraient beau dire et beau faire, * Ils vivraient plus de mille ans ‘ Qu'ils ne pourraient contrefaire ‘ Ni bien, ni mal mon petit...” À ces mots toute l’assemblée Ne put retenir la risée, Jupiter lui-même rit.

De tout ceci je déduis sans médire,

Que nos mamans sont comme ma guenon.

Leur cher poupon, fût-il un vrai satyre, Sera toujours le plus charmant poupon.

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