Fables nouvelles
l»roinenait sa dent frémissante , L'ouvrier, qui de loin , en cachette observait , Au reptile étonné tout à coup se présente :
« De ton venin, » dit-il, « fais un meilleur emploi! )> Ma lime a raison , sur ma foi , » De te dire, en riant de toi :
» Petit serpent à tête folle , » Plutôt que (l'emporte)' de moi » Seulement le quart (Cune obole, » Tu te romprais toutes les dents :
n Je ne crains qzie relies du temps. »
« — Sans doute, c'est en vain que ma fureur s'exhale, »
Dit le reptile en s'éloignant; « J'engage , je le vois , une lutte inégale ,
HVRK PRKMIKH. Il
» Kt je me mets la langue en sang.
» Mais mon eflbrt n'est pas tout à fait impuissant ; » Car sur la lime qui me brave » Je laisse du moins, en passant... « — « Quoi donc ?...»— «Regarde.. .un peude bave.»
Vous, qu'outrage en sa haine un critique insultant , Quand vçus seriez d'airain, d'acier, de diamant. Ne vous riez pas tant de sa faible morsure ! Il sait bien, croyez-moi, qu'il reste une souillure, Oi'i passa la dent du serpent!
Le« Métiecimt tic Gt^ettude.
\ iiKiii ami, le II' iliiixlial (le ùlvi.
Aux- temps brillants de l'antique Grenade, L'enfant du vieil et riche Ali
H TT IIVHK PKLMIEK.
Mourait d'un mal subit; l'infortuné malade , L'œil éteint , et le front par la douleur pâli , N'ouvrait plus qu'avec peine un regard affaibli. « 0 puissant Mahomet, que ta bonté m'éclaire ! » Dit Ali , «que ta grâce indique à ma prière » Le médecin sauveur, celui dont le secours » De mon enfant chéri peut conserver les jours ,
» Et calmer mon angoisse amère! »
Mahomet , propice à ces vœux , Fait descendre à l'instant un ange lumineux ,
Qui dans la main du pauvre père Dépose un cristal pur, talisman précieux : « Prends, » lui dit-il, «ce verre merveilleux!
» En l'appliquant sur la demeure
w Des médecins les plus fameux , » Tu verras, à leur porte , apparaître sur l'heure » Un chiffre, l'indiquant, par des signes certains, « Le nombre d'habitants trépassés en leurs mains.
MMii; IM{KMIi;i'. IS
" Plus (le mensoiif^c alors, ou île renom perlide ,
» Qui trompe les yeux éblouis!
» Tu choisiras, d'après cel infaillible guide,
» Celui qui doit sauver ton fils. »
Transporté de bonheur, Ali se met en quête ; Il rend grâce au prophète , à la bonté des cieux : Il voit de son enfant le salut qui s'apprête ,
Et par la ville il s'élance joyeux.
« Courons d'abord , » dit-i! , « chez Noureddin-lc-Sage ,
» Qui traite les grands de la cour,
» Et qui conserve à notre amour » Le chef des vrais croyants, de Dieu la noble image!... » Ce somptueux palais, digne des souverains, » C'est bien là sa demeure!... Ociel! que de visites!...
» Riches litières, palanquins,
» Proclament tout haut les mérites
» Du premier de nos médecins!
» A moi, pourtant, mon protecteur (idèlc ;
l(j LIVRE PREMIER.
» A moi, mon verre merveilleux !
» Que ce talisman me révèle » Si , par hasard , il tut un malheureux » Que n'aura pu sauver ce docteur glorieux ! » Il regarde.. Il frissonne !... Est-il bien vrai?... Six mille! « Quoi! c'est là ce savant, cet Esculape habile ,
» Ce prodige en tous lieux cité ! »
Il fuit... « Si je courais chez le vieil Abdérarae , » Suprême président du conseil de santé ,
» Que depuis trente ans l'on proclame
» Le sauveur de notre cité ! »
Il applique le verre et , l'âme consternée ,
Reste sans parole et sans voix :
Quinze mille décès !.. Cinq cents morts par année!.. Tous ces brillants docteurs , les favoris des rois , Médecins de boudoirs, médecins à la mode , Préconisant chacun leur talent „ leur méthode , Luttaient entre eux de gloire... et de morts à la fois.
l.lVKi: l'UKMII.K.
(les savants, du pays l'honneur cl l'<'S|)érance, Aux litres si pompeux , au front ceint de lauriers. Des chiffres monslrucux attestaient leur science;
Ils ne comptaient que par milliers!
Le pauvre Ali , confus de ses recherches vaines , Avec bonheur, hélas ! eût pressé dans ses bras Le grand docteur, doué de vertus surhumaines , Qui , moins prodigue de trépas, N'aurait compté que par centaines.
Il allait, sans espoir, retrouver son enfant. Et, n'attendant plus rien de la bonté céleste, Hendre à l'ange immortel son talisman funeste ; Lorsqu'au seuil d un palais, do luxe élineclant . Il lit, en lettres d'or, sur un marbre éclatant : «( Osman do H.issora , docteur on oliirurgic, » Médecin de Sa Majesté , » Le grand sultan de Boukliarie ; » Momlire oorres|)(»tidanl de toiile neadomie ;
18 LIVRK PREMIKR,
» Guérit la goutte et la paralysie, » Les fièvres et l'apoplexie , » La gastrite et la pleurésie !
» Médecin décoré, patenté, breveté, » Auteur du grand écrit : Le trésor de la vie^ » Et le secret de la santé ! »
— « Par Mahomet! » dit-il! « voilà mon homme ! » Celui-là guérit tout; et, quoiqu'on le renomme,
» Quoiqu'il soit riche , en crédit , en faveur, » Peut-être en sa pratique a-t-il quelque bonheur. » Aussitôt sur la porte il braque sa lunette. O prodige ! Est-ce un rêve? une erreur de ses yeux?.. Un chiffre solitaire , un chiffre glorieux, Vunité noblement sur le mur se projette! « Un mort!... un seul !... O docteur merveilleux ? » Oui , c'est bien le ciel qui t'envoie ! » S'écrie , en bondissant de joie , Ce père infortuné, qui voit combler ses vœux.
i.iVMi: riiKMiKi;. i!)
Il frappe... on rinlroduil ; lame d'espoir rein[»lie.
Il expose la maladie.
— «C'est bien, dit le docteur; le cas est menaçant ;
» Mais avec mon baume dévie,
» Et mon élixir tout-puissant,
» Je réponds des jours de l'enfant :
« J'ai guéri de ce mal un prince d'Arabie ! » Ainsi rassurez-vous... Je vous suis à l'instant ;
» Mais d'abord , un mot , je vous prie :
» Pour découvrir mon logement , » Comment avez-vous fait? Je ne suis à flrcnade
» Que depuis un jour seulement,
» Et je n'ai soigné qu'un malade ! »
Qui de nous n'a tremblé pour les jours d'un cnfani ".' Qui de nous n'a du ciel imploré l'assislanco ? l>iou , pour nous laisser l'espérance ,
20 I.IVRK PREMIER,
Couvre notre avenir d'un voile bienveillant/ Malheur à nous, si d'un jour trop brillant S'illuminait la route où notre esprit s'élance ,
Et si nous portions en avant
Le flambeau de l'expérience !
Des instants écoulés signalant les erreurs , Qu'il réserve au passé sa lueur bienfaisante ! Sur nos jours à venir sa clarté menaçante Ne répandrait jamais que doutes et lerreurs- Sur les obscurs chemins où le mortel s'avance .
Pour guider ses pas chancelants, La foi , l'amour de Dieu , l'espoir en sa clémence
Voilà les meilleurs talismans !
O-o^ <>^@^-o-^-oO-
Tlï.
Eées devnievH ênaÈnetti» ttt* E,oup.
Un loup chargé d'ans cl de gloire , Rendait làrae, cl, plein de candeur.
Tout contrit, de ses jours de faiblesse et d'erreur Faisait l'examen méritoire :
« Oui , » disait-il , «je suis un grand pécheur ; » Et plus d'une trahison noire » Pèse en ce moment sur mon cœur !
» Mais, je puis l'attester devant Dieu qui m écoule , » Si j'ai (ait quelque mal, j'ai fait aussi du bien ! » J'en chéris la pensée... Un jour (je m'en souvien), )j Une brebis , qui s'égarait sans doute , » En bêlant , à moi vint s'offrir :
» Paisible et souriant , je lui montrai sa route , n Et la fis au bercail rentrer sans coup férir. » Une autre fois , un mouton en démence 0 Me traita d'assassin!... Sans punir l'indiscret,
» Je m'éloignai , dédaignant celte offense ; » Il était seul pourtant, sans berger, sans défense; » Et , je le jure ici , nul chien ne le gardait. » On peut citer, lorsqu'il faut que l'on meure ,
LIVKK l'hliMIEH
)) Le |ieu (le bien qu'en ce inonde on a fail! »
— « J'affirme à tous ce donhle Irait , » Dit un renard, qui, dans la dernière heure, En fidèle atiii l'assistait ; M La vérité m'en est connue; » En témoin je puis en parler ; » Car un os, dont plus tard te délivra la grue , » T'empêchait alors d'avaler. »
Eté Singe eî le €^hevnl.