FABLE XXIV
Le Castor et le Loup-cervier. <
l'n castor, bon enfant, an jour prêta l'oreille
Aux paroles d'un loup-cervier.
Il s'agissaii d'éteindre une haine bien vieille Va d'échanger enfin la branche d'olivier.
"Pour sceller l'amitié l'on pourrait, ce m<' Bômble,
J)it l'astucieux lynx, chasser toujours ensemble...
Ji ri 1 1 1 1 m • prestement, vous ne l'ignorez pas, Sur les plus hautes brancl Au lieu de chair en tranches
Vous aurez, chaque jour, des fruits mûrs aux repas."
II- vécurenl longtemps sur le bord des rivières. Mais le lynx mangeait seul, et <le bon appétit
lit Bans faire trop de manières,
Le gros poisson <-t le petit.
''De la société, je porte seul les peines, Lui rlit , l>ien poliment.. Le castor aux abois;
Soyez plus généreux; rentrons dans les grands bois, Montez sur quelque hêtre et donnez-moi des faînes.
— Des faînes? J'y pensais; ça fera changement."
Ils marchaient lentement, Car les pieds du castor n'ont pas grande vitesse.
Après de longs circuits Ils trouvèrent un hêtre assez chargé de fruits.
Le loup-cervier avec prestesse Grimpa sur les rameaux et Be mit à manger,
Sans nullement son^
A son bon camarade.
" Vous ne me donnez-rien ? demanda celui-ci.
- — Ta santé délicate est mon plus grand souci. Et je crains (pie ce fruit ne te rende malade. . .
Il ne faudrait qu'un accident,
Répondit le lynx impudent.
"C'est vrai, fit le castor, j'en souffrirais peut-être;
L'écorce me suffit."
Sous des dehors sereins
Il cachait sa colère. Or, il coupe le hêtre.
Maître loup-cervier tombe, et se brise les reins.
Le fourbe bien souvent de l'innocent abuse, Mais la naïveté n'empêche pas la ruse.