FABLE XXVI
Le Loup devenu Mouton.
La chose, c'est vrai, je l'avoue,
Va pas de probabilité,
Et L'on croira que je me joue
[ci de la crédulité.
11 n'en esl rien, je vous le jure,
Et l'histoire improbable est sûre.
Pour la comprendre, torat d'abord,
El lui trouver de la justesse,
Il faut -avoir qu'un loup ne mord
Que h la triste l'aini !<■ preg
l'.n tint île cette vérité,
( )n comprendra bien, je l'espère,
Que 1<' loup qui fait bonne chère
Doit avoir de L'humanité.
Un loup aborde, gueule ouverte
Et d'un œil bien déterminé,
Un troupeau qui dans l'herbe verte
Faisait sieste a] très dîné.
Le berger accourt tout de suite.
Mais le loup ne prend pas la fuite;
Il va falloir parlementer.
"J'ai faim, je mange, dit le fauve, Eien qu'un mouton et je me sauve :
Je suis facile à contenter.
— Vous avez faim, ça me fait peine.
Enrôk'z-vous. dan- mon troupeau. Allez paître au -on du pipeau Et vêtez la robe de laine, Cela vaudra mieux bien des fois Que de courir, le ventre vide, Toujours traqué, toujours avide, A travers les champs et les bois.
— Je crois que ton offre est honnête Et je l'accepte, cher l>erger," Répondit la prudente bête, Fière de se faire héberger.
Combien font ainsi du tapage,
Jettent au vent page sur page, Menacenl de tout fracasser, Mais qui perdent leur violence El gardent un prudent silence 1 >èe qu'on offre de les placer.