FABLE XXXI
Fleuve et Ruisseau.
Un ruisseau né dans nos montagnes S'en allait vers 1" Saint-Laurent. Il faisait du bruit on courant A travers les vertes campagnes.
Lorsque l'on est petit, ma foi !
On attire les yeux sur soi En faisant du tapage.
Il arriva, sans le savoir,
Au terme du voyage.
Le fleuve passait sans le voir.
" Où portes-tu, fleuve, ton onde ?
Demande-t-il d'un ton amer.
— Je m'en vais au sein de la mer, Répondit de sa voix profonde Le fleuve qui marchait toujours,
— Arrête donc ici ton cours, Verse en mon urne presque vide Tes flots qui vont là-bas mourir.
Ah ! ce n'est pas la mer avide, C'est moi que tu dois secourir !
— Tais-toi; sd je changeais ma course
Pour obéir à tes propos,
Je remonterais à ta source
Et t'engloutirais sous mes flots."
Ne vous indignez point si le ciel vous refuse
Ce que vous demandez;
L'homme aisément s'abuse, Et ses souhaits, parfois, sont assez mal fondés.