FABLE LI
Le Cheval et le Charriot.
Un bon cheyal d'un certain â Traînait depuis Longtemps un pesant charriot;
Il était tout en nage,
Mais il no disait mot.
A quoi sert de se plaindre Quand personne n'est là pour nous prendre en pitié,
Ou, tout au moins, pour feindre
Une douce amitié ?
Cependant la lourde voiture Boulait sans fâcheuse aventure, Au sommet d'un vaste coteau.
La descente en était rapide :
Un roc abrupt, un trou perfide I.' -- rraient le chemin comme eut fait un étau.
"Laisse flotter les rênes, Dit-elle au cheval fort surpris; Depuis bien longtemps tu me traînes; Ton cœur esl bon, je l'ai compris.
A mon tour, sans qu'on le devine, Sur la pente de la ravine Je vais te pousser bravement, El i ii n'as qu'à te laisser faire Pour descendre en bas ]ironij><ement. . .
Je connais mon affaire."
L<- cheval, écoulant ce propos singulier,
Changea de rôde.
Après tout, ce devait êbre joliment drôle Que ne plus se morfondre à tirer du collier. 11 partit aussitôt &ur la pente assez raide. Le charriot content de lui donner de l'aide,
Poussait, pouseatU ; ai bien qu'enfin
Il le poussa dans le ravin.
Vous qui nous conduisez, hommes de tous régimes, N'allez pas imiter ce cheval idiot, Ne changez pas de rôle avec certains intimes, Car il feraient, bien sûr, comme le charriot.