FABLE IX
Le Carcajou qui veut s'illustrer.
Un carcajou, jadis, ayant fort bonne dose De vanité, Attendait l'opportunité D'accomplir quelque grande chose,
Quand, dans une rivière, il vit maître castor Qui bâtissait une chaussée.
" Je puis faire aussi bien, peut-être mieux eneor, Se dit-il, et ma gloire en sera rehaussée."
A peine eut-il fini ce vaniteux propos,
Qu'il se mit à ronger un arbre des plus gros;
Mais il n'en avait pas coupé toute l'écorce
Qu'il avait épuisé sa force
Et qu'il s'était cassé les dents.
J'admire tes espoirs ardents.
Mais connais-toi d'abord, pèse bien toute affaire Et n'entreprends jamais plus que tu ne peux faire.
la Plume et le Pin.
Emportée au hasard <l*un souffle impétueux, Une plume aperçut un pin majestueux:
" Courbe-toi, lui dit-elle, en une altière phrase, Courbe-toi, pin, ou je t'écrase !...
Ne me demande point pourquoi, Mais regarde derrière moi."
— Je vois, en effet, sur la plaine, Dit le pin dédaigneux des arbres entassés, Mais, va, ce nV-t pas toi, c'est le vent qui t'entraîne Qui les a terrassés."
Plus d'un, qu'un sot orgueil consume, Croit tout régenter de son fouet, Et emi semblable à cette plume, X'est rien lui-même qu'un jouet.