FABLE LXXXI
La lutte pour la présidence,
Les animaux sauvages Voulurent imiter les projets des humain-. Ils allaient vivre mieux, faire moins de ravages,
Et suivre de nouveaux chemins.
Au pied d'un haut rocher où l'aigle avait son aire Ils s'assemblèrent tous aussitôt, comme font
Messieurs les hommes, d'ordinaire.
Afin ae discuter à fond.
" Qui préside ? fait l'ours sorti de sa tanière Avec de l'espoir plein le cœur.
— C'est vous, grâce à votre manière, Dit le renard d'un ton moqueur.
-Xon, non î la présidence, il faut qu'on la dispute ! Faisons un grand tournoi. Que chacun donc suppute Ses chances de succès, cria le loup-cervier."
— Le plus rapide au vol l'aura, dit l'épervier"
— Celui qui chantera le mieux, risqua la grive."
— Nageons, fit le castor, de Tune à l'autre rive."
— Que chacun, mes amis, s'exprime à sa façon. Il faut donner à l'homme une bonne leçon," Dit ua grand orignal, en branlant sa ramure.
Ce discours fut suivi d'un complaisant murmure. Mais aussitôt l'aigle orgucilileux,
Ouvrant son aile large Au-dessus du roc sourcilleux, Dit qu'il prenait la charge."
"Nous sommes bafoués pair cet impertinent, Allons le déloger, dit l'ours, intervenant; Le premier sur la cime aura la présidence."
Tous, alons, avec plue d'ardeur que de prudence,
S'élancent vers le roc. Mais parmi ces héros Plusieurs roulent en bas et se brisent les os.
Un serpent, auquel nul ne pense, Se glisse cependant parmi la mousse dense Et dans les fentes du rocher. Il passe à travers les fascines;
H réussit à s'accrocher
Aux rameaux, aux racines, Arrive le premier sur les âpres sommets, Et, pour se mettre en règle, Jette le nid de l'aigle Sur ses nouveaux sujets.
Citoyens à la forte trempe, Qui voulez prendre le pouvoir, Preaez garde à l'homme qui rampe Et monte sans se faire voir.