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FABLE LXXXIII

Le Renard et le Loup-cervier.

Un renard glapissait d'une façon bien triste. 11 s'était pris au piège. Un loup-cervier touriste, Curieux de savoir la cause de ses cris, Pour venir le trouver s'écarta de sa route.

•■ Voyez, dit le renard, comme me voilà pris;

Ah ! je méritais mieux sans doute !

Je suis victime du devoir :

On vous disait malade et je courais vous voir.

Essayez donc d'ouvrir ce piège

Avant qu'une meute m'assiège; Essayez, mon ami,

Je ne suis pincé qu'à demi."

Le lynx que ce langage flatte

Dit qu'il n'est pas beaucoup adroit

Mais que pour sauver un cœur droit,

Il veut bien risquer une patte.

Au reste, on peut un jour avoir des accidents. Il faut songer à tout. Vite donc, à l'ouvrage ! . . .

" Courage, ami, courage !

Le piège desserre les dents, Fait le renard.

— Je sais servir ceux-là que j'aime, Répond le loup-cervier . . . Attends encore un peu."

Il sauve le renard, mais il se prend lui-même.

" Cher loup-cervier, adieu !

Adieu, dit avec artifice

Le renard en partant; J'admire fort ton sacrifice, Mais n'ose pas en faire autant."

Ne faites pas le bien pour de vils honoraires; Ecoutez votre cœur mais aussi la raison. Si de flatteurs discours vous rendent téméraires, Vous ne serez payés que par la trahison.

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