LE CERF ET LE MANANT
" Bon homme ! par pitié laissez-moi, je vous prie,
" Ici me cacher un instant.
" Des gens veulent ma mort, je vous devrai la vie." Ainsi parlait un cerf essoufflé, pantelant. Qui tâchait par ses pleurs d'émouvoir un manant.
— " Soit, lui répond l'homme aussitôt, " Je veux bien envers toi me montrer secourable ;
" Va de ce pas dans mon étable " Te cacher de ton mieux." Le cerf y court. Bientôt
Survient le chasseur au galop.
Il voit le rustre et crie : " Eh l'homme ! Holà ! Ho !.... " Un cerf a-t-il passé tout à l'heure en la plaine?...." — *' Non, monseigneur,... répond le manant incertain
Tout en indiquant de la main L'endroit qui recelait le fuyard hors d'haleine. Le Nemrod n'y prend garde et part à fond de train, De son côté le Cerf enfile la venelle, Et l'homme de crier : " Où courez-vous ainsi?... " Quitte-t-on de la sorte un généreux ami?... " Arrêtez un instant, payez-moi de mon zèle " Avons avoir sauvé?..." — " Quoi? répond le coureur
" En fuyant de plus belle, " Vous osez bien pour prix d'une infâme noirceur
" Exiger une récompense ?....
•' M'avez-vous cru sans yeiix, tantôt quand je vous vis " Désigner de la main, — ^bourreau sans conscience ! —
" Le chenil où je m'étais mis ?...
'' Allez !... Je ne vous dois pas de reconnaissance,
" Vous ne méritez que mépris...'*
La duplicité dans ce monde Est plus que commune, elle abonde.
— Depuis nos orgueilleux Crésus,
Constants adulateurs de l'inconstant Plutus, Jusqu'au plus bas de notre échelle ; — Lecteur, que de nombreux Janus !
Sans compter tous ceux là qui vous font peau nouvelle Quand lem's mauvais plans sont connus ! !..