‹ FablesChapitre 15 sur 59 · LE LOUP ET LE CHIEN · texte numérisé non relu

LE LOUP ET LE CHIEN

Un loup plein d'appétit, — les loups ont toujours faim, —

Une fois rencontra des moutons en chemin.

Il en aurait croqué volontiers trois ou quatre

Mais Mouflard et son maître armé d'un lourd gourdin

Etaient assez forts pour le battre :

— " Que veux-tu? lui dit le mâtin, '* Roules-tu par hasard quelque mauvais dessein?..." — " Pardonnez, cher ami, je me sentais malade

" Et je fais une promenade " Pour me remettre un peu ; quant aux méchants projets " Que vous me supposez, n'en soyez pas en peine ;

Les gens me disent très mauvais *' Mais je suis loin de l'être autant que je parais.

" Tenez le pour chose certaine :

" Veuillez en accepter ma parole d'honneur..." — " De vous !... lui répondit le chien d'un air moqueur, " De vous !... autant vaudrait la prendre d'un voleur !..." — " Holà! monsieur le chien, à mon nom pas de tache,

" Laissez-là ce ton persifîleur ;

" Me prenez-vous pour un bravache ?...

^' Mes sentiments d'honneur sont aussi raffinés " Que mes exploits sont renommés..." Notre tartufe allait prolonger sa matière Quand un petit agneau s'écartant de sa mère Resta bêlant bien loin derrière le troupeau.

Messire loup court sus, saisit le pauvre hère Qui se débat en vain et l'emporte au galop, Et Mouflard de le suivre et de crier : " Ho ! Ho !. " Arrêtez, assassin!... arrêtez, triple traître !...

" Les voilà donc ces nobles sentiments " Que vous vous efforciez tant de faire paraître

" Pour cacher vos projets sanglants !..."

Les méchants d'aujourd'hui, tartufes émérites Excellent à jouer les vertus qu'ils n'ont pas.

Rien v.e coûte à ces hypocrites, Et pour mener à fin leurs projets illicites Ils seront tour à tour, chrétiens ou renégats.

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