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LE RAT ET SES AMIS

Certain rat, jeune encore et sans expérience,

Découvrit un vieux magasin Qui gémissait chargé de farine et de grain. Il y porta ses Dieux. Là, du soir au matin,

Au sein du plus profond silence,

L'hem'eux fripon faisait bombance.

Seul en cette Capoue, aucun chat ne venait

Troubler ses repas ni son somme ;

Bref, son bonhem* semblait parfait.

Mais hélas! notre rat inconstant comme l'homme

Bientôt fut rongé de soucis.

L'ennui le dévorait. Que faù'e ? . .

'' Voyons, dit-il un jour, je veux dans ce logis

*' Convier d'aimables amis

" Qui sauront au moins me distraire.

" Je crois déjà les voir heureux, reconnaissant», "■ Me donner à l'envi les plus tendres caresses. . " Je suis riche après tout, et qu'importe aux puissants

" De faire aux pauvres des largesses?. ." Voilà donc Rodilard qui court d'un pas léger

Prier les rats du voisinage

De quitter leur triste ménage Pour accepter chez lui le boire et le manger : " Ami» ! leur disait-il, d'une voix attendrie,

Vous vivotez en malheureux;

Moi je suis cent fois riche, eh bien ! frères, je veux Descendre paraii vous le fleuve de la vie

Au milieu de joyeux festins !

Venez, ne manquez point." Dès le soir, comme on pense.

Accourut une foule immense D'amis improvisés, ou plutôt de coquins

Comme on en voit tant dans ce monde, Chaque fois qu'il s'agit d'écoraifler les plats.

En un mot, bientôt tous les rats

De dIus d'une lieue à la ronde

Viennent chez Rodilard qui les reçoit gaîment. Les voilà donc mangeant, saccageant, gaspillant Ce grenier qui pour eux est un nouveau Cocagne :

Quand par malheur, un beau matin.

Le maître de ce magasin Qui durant les chaleurs habitait la campagne

Vint visiter sa farine et son grain.

Il voit l'affreux dégât, fait tout changer de place

Sans différer un seul instant ; Et notre amphytrion, hier Crésus puissant.

Réduit soudain à la besace Dut déguerpir au trot de son cher paradis :

Fortune ingrate et mensongère !

Pensa-t-il en fuyant, de tes coups je me ris.

" N'ai-je pas de nombreux amis " Qui se croiront heureux d'adoucir ma misère ! . . " J'irai dîner ici, je souperai là-bas, " Je verrai tour à tour ancienne connaissance " Qui paîra de son mieux ces splendides repas " Témoignage éclatant de mes jours d'opulence.

" Que ne m'ont-ils pas fait de serments d'amitié, " Ces bons, ces chers amis!..." Il comptait sans son hôte, premier qu'il trouva le fit changer de note.

Il fut renvoyé sans pitié.

Un second le traita de prodigue imbécille. Son meilleur compagnon. ...de table l'insulta,

On dit même qu'il le frappa.

Enfin ce rat déchu trotta toute la ville,

Partout il fut humilié.

Moqué, sifflé, vilipendé.

Ainsi va notre pauvre monde.

Dans la prospérité si vous n'êtes prudent, Il vous pleut des amis tant que dure l'argent. L'écurnifleur, chez nous, n'est pas rare ; il abonde.

Mais si la fortune un matin

Se retire, et dans la détresse Vous laisse,

Vous restez seul sur le chemin.

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