LA GUENON ET SON PETIT
Un jour le maître du tonneiTe
Au pied de son tribunal De la création entière
Convoqua chaque animal.
-Il voulait voir la créature Qui pai-mi toute la nature
Avait le plus bel enfant. —
Tous arrivent à l'instant.
Mais la guenon vint la dernière Tenant embrassé son petit.
Quand elle entra, chacun sourit, Puis partit d'un rire d'Homère :
*' Ah vous riez, mes envieux !
** Mais riez donc,.... J'en suis bien aise, " Leur dit en roulant de gros yeux " Dame Guenon. Aux Dieux ne plaise " Que je m'en fâche aucunement !...
*' Jupiter, le juste arbitre, " Saura préférer mon enfant, *' Et cela pour plus d'un titre....
" Qu'ont-ils de beau vos marmots *' Dites, mesdames les rieuses ?....
'* Ils sont tous vilains, tous sots...
*' Leurs formes sont disgracieuses,
*' Voilà !... Mais mon nourrisson
** A peu de chose est tout comme ** L'animal qu'on appelle homme.
** Je crois la comparaison ** Juste, encor me faut-il dire " Que mon petit sait sauter, " Gambader et grimacer, " Quoiqu'il doive encor téter.
" Tout ça va-t-il vous suffire ?...
" Vos nourrissons si charmants " Auraient beau dire et beau faire '* Ils vivraient plus de mille ans " Qu'ils ne pourraient contrefaire ** M bien, ni mal mon petit...."
A ces mots toute l'assemblée
Ne put retenir la risée, Jupiter lui-même rit.
De tout ceci je déduis sans médire.
Que nos mamans sont comme ma guenon.
Leur cher poupon, fût-il un vrai satyre. Sera toujours le plus charmant poupon.