‹ FablesChapitre 37 sur 59 · LES VOLEURS ET LE COQ · texte numérisé non relu

LES VOLEURS ET LE COQ

Dans un certain logis, en l'absence du maître, Des voleurs une nuit firent irruption.

Mercure les servait ; et nos coquins peut-être Jamais n'avaient rêvé si belle occasion.

Cependant, ô déception !

Après mainte fouille inutile Ils ne purent trouver qu'un pauvre coq débile Qu'ils prirent à défaut de plus riche butin :

" Ça ! mes bons messieurs, je vous prie,

" Leur dit le captif en chemin, •' Vous n'allez pas, j'espère, attenter à la vie " D'un animal utile à tout le genre humain.

" De mourir je n'ai nulle envie.

" Je suis, vous le savez, ce chantre qui la nuit

" D'une voix perçante et sonore *' Annonce avec éclat le lever de l'aurore. " Grâce à moi, de Phébus aucun rayon ne luit " Que déjà les mortels abandonnent leur somme...'*

— " Ah ! tu te crois utile à l'homme

" Et tu prétends, chanteur naïf,

" Nous attendrir par ton mérite ?...

" Cest justement pour ce motif " Qu'on te fera bientôt chanter dans la marmite. " Tu mourras, maudit coq ! cause de nos malheurs,. " En lui tordant le col répondent les voleurs.

" Nous te donner la vie?... à d'autres... pauvre hère î " Va chez Pluton servir de chantre et de portier, *' Tu ne sers qu'à troubler notre noble métier !..."

Ce coq eut mieux fait de se taire.

Car a-t-on vu jamais le méchant généreux?... A quoi bon lui parler de vertu, d'innocence... Il s'en moque. Le mal est sa seule science.

Le reste est un crime à ses yeux.

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