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VI. - L'ESCARGOT ET LA CHENILLE

Par habitude, par système, O TOUS qui courtisez ou repoussez autrui

Pour son habit, non pour lui-même, C'est à vous que j'adresse une fable aujourd'hui.

Jadis vers l'escargot se glissa la chenille.

« Bonjour, dit-elle, mon voisin.

Ou plutôt mon cousin , Car tous deux nous rampons... — « Moi de votre famille! Reprend maître escargot; vraiment, vous radotez.

Fi ! la vilaine créature !

Je ne vous connais pas, vieille folle ; partez ! » Et la chenille part sans relever l'injure.

A quelque .temps de là, sur le gazon fleuri,

Un beau papillon, dont les ailes Semblaient faire jaillir des milliers d'étincelles. Voltigeait, voltigeait. « Approche, mon chéri.

Dit l'escargot; causons ensemble; Qu'un lien fraternel à jamais nous rassemble. — Tais-toi, répond l'insecte, oh! de gr&ce, tais-toi, LAcbe orgueilleux! ce qui te plaît en moi, Je le sais trop, c'est mon aile qui brille, Car tu me repoussas impitoyablement Lorsque j'étais encore une pauvre chenille. • A ces mots dispavut le papillon charmant, Gt l'escargot honteux rentra dans sa coquille.

Vn. - L'ENFANT ET LES FLEURS.

Dans les champs voisins d'une ferme

De beaux froments étaient en germe ;

En même temps germaient aussi La blanche pâquerette et le Jaune souci.

Du printemps la saison vermeille.

De ses sucs généreux fertilisant les blés, Aux sillons prodigua les fleurs de sa corbeille.

On voyait croître, entremêlés, Bluets, coquelicots, marguerites, pensées.

Muguets, boutons d'or étoiles.

Et clochettes traînant leurs tiges enlacées.

Lorsque pour voir ses blés s'en va le laboureur, Alfred, son jeune fils, admire chaque fleur.

Que la tempête au loin répande les alarmes.

Que la bise tardive apporte des glaçons :

« Grand Dieu ! dit le fermier, protégez nos moissons! .— Ciel, épargnez mes fleurs! » dit l'enfant tout en larmes.

Dans Tété, lorsque les passants Emerveillés disaient : « Oh ! les blés ravissants ! » Alfred disait tout bas : < Que ces fleurs sont gentilles ! • Les épis arrivant à leur maturité.

Dès l'aube le fermier fait armer de faucilles Ses fils et ses voisins, qui, pleins d'activité. S'en vont des blés jaunis recueillir mille gerbes. Alfred, de son côté, fait des gerbes de fleurs. « Oh ! l'enfant paresseux, avec ses folles herbes ! « Criaient, en ricanant, les rudes moissonneurs. Et lui, d'un seul objet nourrissant sa pensée. En chantant poursuivait sa tâche commencée.

Mes gens gagnent enfin, à la chute du jour.

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