XIV. — LE SERPENT ET L'OASIS
Le calife Alraschid et Giafar le vizir Allaient par le pays déguisés en derviches.
Répandre des bienfaits était leur seul plaisir : Ctt devrait être aussi le seul plaisir des riches.
Les royaux pèlerins virent près d*un palais
Un homme à coups de pied chassé par des valets.
Âlraschid dit au maître : « Est-ce ainsi que Ton traite
Celui qui vient au nom de Thospitalité?
Tu dois au voyageur sous tes murs arrêté
Le froment pour sa faim» le chevet pour sa tête.
As-tu vu par ses mains ton palais dévasté? •
Le riche répondit : « Non pas, en vérité;
Mais c*est un étranger maudit par le prophète,
Un de ces vils chrétiens ennemis du Coran... »
Le calife poursuit : « Le pauvre est notre frère ! .
Ecoute un apologue et sois plus tolérant :
Un jour à Toasis le serpent en colère
Disait : • Aveuglément tu prodigues tes eaux,
L'ombre de tes bosquets, le chant de tes oiseaux.
Et tes rayons de miel et tes fruits si suaves;
L'impie et le croyant, les rois et les esclaves.
Les méchants et les bons, tous indistinctement
Viennent dans tes trésors puiser abondamment...
— C*est vrai, dit Toasis ; j'offre à tous un refuge
Contre la faim, la soif et l'ardeur du soleil ;
C'est vrai, car à mes dons tous ont un droit pareil.
Je suis leur bienfaiteur : Allah seul est leur juge ! t
Or, le riche écouta la fable en souriant.
Et puis en son palais menant le mendiant,
Il lui fit par ses soins oublier son outrage.
Et les deux pèlerins reprirent leur voyage.