XVI. — LE BAQUET D'EAU
Pt>ar frapper sur l'enclume et tirer le soufflet, Un forgeron à son service
Avait pris un garçon fort gros, mais fort novice.
11 faut que je le prouve; écoutez, s'il vous plaît:
Un beau jour notre Nicodème, Voyant son maître asperger le foyer, Et, par enchantement, les charbons flamboyer,
Aussitôt se dit en lui-môme :
Si quelques gouttes d'eau forment un si grand feu. Versons-y le baquet, et nous verrons beau jeu... » De son invention s'émerveillait le sire.
Bientôt le maître se retire.
Et l'autre, sans perdre un moment.
Vous inonde la forge, et, comme on peut le croire.
Eteint le feu fort proprement.
« Eh bien ! me dira-t-on, que nous prouve l'histoire De ton gros imbécile et de son baquet d'eau? »
Patience, je vous en prie ; Ecoutez jusqu'au bout; c'est une allégorie :
L'amour et l'amitié sont armés d'un flambeau. Une froideur légère, un caprice de l'âme.
Souvent fournissent à la flamme Une étincelle ardente, un élément nouveau;- Mais qu'un affront mortel soudain vienne l'atteindre,
On la voit pâlir et s'éteindre.
XVn. — LES DINDONS.
C'était fête à Paris : vers les Champs-Elysées, Des dindons s'ébattant, S'égosillant, sautant.
Du peuple excitaient les risées.
« Ce groupe, dit quelqu'un, doit être bien content Par des cris et des bonds comme sa joie éclate !
— Les malheureux, réplique un autre spectateur, Ont un fer rouge sous la patte. »
Brûlés au fer chaud du malheur,
Femmes, poëtes, prolétaires, N'avons-nous pas souvent, bouffons involontaires, Le sourire à la bouche et des larmes au cœur?