I. — L'ENFANT ET LE GÉANT
Un homme gigantesque, aux sauvages penchants, Un chêne en main, parcourt les forêts et les champs. A lui s'offre un Enfant, les yeux bleus, tête blonde. Qui lui dit : « Es-tu fort? — Je porterais le monde I
— Sous son joug souverain pas un ne t'a dompté?
— Jamais 1 Mon bras vaut une armée ; Pour moi tout homme est un pygmée.
« Quelle est ta loi? — Ma volonté !
— Ta. fierté me confond, ton audace m'étonne. Aux malheureux, parfois, as- tu fait quelque bien?
— N'ayant pas besoin d'eux, je ne leur devais rien.
— Crains-tu Dieu ?— Je t'ai dit que je ne crains personne.
— Ta vois ce rapide torrent :
Pourrais-tu, reponds-moi, toi si fort, toi si grand , Me porter au delà, monté sur ton épaule ?
— Moi? je te porterais de l'un à l'autre pôle... » D'une r(Âu8te main aussitôt il le prend,
Et comme an passereau sur son dos il le pose.
Mais à U trarersée ud obstacle s'oppose ; Plus le Géant s'ayance et plas l'eau s'élargit, Plaurabime est profond, et plus le flot mugit, Kt, ce n'est pas un rêve au vaporeux mensonge, L'Enfant se fait plus lourd et tout son corps s'allonge. Sous l'accablant fardeau l'orgueilleux s'inclinant, Tourne la tête et voit le Christ tout rayonnant. Alors l'Enfant divin, qu'il vient de reconnaître, Lui dit : « Deviensplns humble et confesse ton maître...» A ces mots, Jésus disparut, Et l'onde en môme temps décrut.
Le Géant, recouvert de la plus pauvre étoffe. Revenu désormais à des peosers meilleurs, A travers le torrent passait les voyageurs.
Comme il porta le Christ, on l'appela ChristopJie. Du ciel, jusqu'à la mort, il remplit les desseins, Et TEglise l'admit au nombre de ses saints.
Frères, vous le voyez, quand l'âme ou la matière A ses brutaux instincts se livre tout entière. Elle accomplit le mal ou fait de vains travaux ;
Mais quand l'esprit la vivifie.
Par la foi, par l'amour elle se sanctifie.
Et compte les instants par des bienfaits nouveaux.