‹ FablesChapitre 46 sur 247 · IV. — LE ROI ET LES MINES D'OR · texte numérisé non relu

IV. — LE ROI ET LES MINES D'OR

Dans un pays fertile en mines d'or^ Un prince, à son orgueil donnant un libre essor.

Disait : « Les mines du Potose, Près des nôtres, ma foi, vaudraient fort peu de chose. Et Crésus, entre nous, n'était qu'un mendiant.

Les merveilles de l'Orient Vont p&lir à ma voix ainsi qu'un vain fantôme : Je veux que dès demain on pave mon royaume De ce métal divin àTéclatsans pareil.

Et que cent palais d'or éclipsent le soleil.

Pauvres qui vous courbez sans cesse Pour de maigres épis sur des sillons ingrats. De plus nobles travaux réclament tous vos bras ; Dans les flancs de la terre est l'unique richesse !... » Dès qu'un roi dit: Je veux I sans aucun examen

Les courtisans disent : Amen !

Ils applaudirent tous à cette œuvre insensée.. La reine, alors, voyant la glèbe délaissée

Pour une futile moisson.

Réserve a son époux une haute leçon :

Une femme a toujours quelque sainte pensée.

Elle ann(mce pour certain jour Un festin somptueux au monarque, & sa cour« Le jour dit, au salon la foule qui s'avance Des mets les plus exquis savoure l'espérance. L'heure du banquet sonne, et l'on apporte enfin Des plats tout chargés d'or, mais de l'or le plus fin. Qu'on place en observant l'ordre et la symétrie. « C'est, pensa-t-on d'abord, pure plaisanterie ; On veut par ces retards aiguiser notre faim ;

Page 1