XXX. - L'ABEILLE ET LE PAPILLON
L*abeiUe au papillon parlait un jour ainsi :
« Veux-tu jusqu'à la mort, dans tous les coins du monde. Eparpiller ta vie oiseuse et vagabonde Et de ton avenir n'avoir aucun souci?
D'un travail assidu je suis le vrai modèle :
Ainsi qu'à mon nectar, à ma ruche fidèle, Le même toit m'abrite constamment. »
Elle aurait volontiers poursuivi la semonce; Mais deux hommes par-là passant en ce moment. Le papillon' se sauve, emportant sa réponse.
« L'abeille, dit l'un d'eux, n'a-t-elle pas raison ?..• — Non!
Car, selon moi, toute nature est sainte; Faut-il tous nous cloîtrer dans une étroite enceinte ? Le papillon, disaient les poètes anciens.
C'est l'esprit dégagé des terrestres liens ; Émeraude vivante et diamant qui vole.
De r&me voyageuse il offre le symbole ; Il va de fleur en fleur, au gré de son désir, Et, quand s'exhale enfin sa vie insoucieuse.
Il semble encor rêver d'amour et de plaisir... »
L'autre reprend : « L'abeille industrieuse.
Qui sur toutes les fleurs cueille un miel abondant.
N'est-ce pas l'écolier prudent Qui puise dans l'étude une douce ambroisie*
Et l'autre, n*estr-ce. pas un enfaDt insensé Préférant au savoir sa vaine fantaisie.
Et pour le plaisir seul se montrant empressé? — Vous avez raison, je Tavoue; Mais c'est encor l'homme qui voue A toute poésie un culte intéressé, Et celui qui demande à la muse qu'il aime.
Non pas un vil métal, mais la muse elle-même. »