‹ FablesChapitre 88 sur 247 · XXX. - L'ABEILLE ET LE PAPILLON · texte numérisé non relu

XXX. - L'ABEILLE ET LE PAPILLON

L*abeiUe au papillon parlait un jour ainsi :

« Veux-tu jusqu'à la mort, dans tous les coins du monde. Eparpiller ta vie oiseuse et vagabonde Et de ton avenir n'avoir aucun souci?

D'un travail assidu je suis le vrai modèle :

Ainsi qu'à mon nectar, à ma ruche fidèle, Le même toit m'abrite constamment. »

Elle aurait volontiers poursuivi la semonce; Mais deux hommes par-là passant en ce moment. Le papillon' se sauve, emportant sa réponse.

« L'abeille, dit l'un d'eux, n'a-t-elle pas raison ?..• — Non!

Car, selon moi, toute nature est sainte; Faut-il tous nous cloîtrer dans une étroite enceinte ? Le papillon, disaient les poètes anciens.

C'est l'esprit dégagé des terrestres liens ; Émeraude vivante et diamant qui vole.

De r&me voyageuse il offre le symbole ; Il va de fleur en fleur, au gré de son désir, Et, quand s'exhale enfin sa vie insoucieuse.

Il semble encor rêver d'amour et de plaisir... »

L'autre reprend : « L'abeille industrieuse.

Qui sur toutes les fleurs cueille un miel abondant.

N'est-ce pas l'écolier prudent Qui puise dans l'étude une douce ambroisie*

Et l'autre, n*estr-ce. pas un enfaDt insensé Préférant au savoir sa vaine fantaisie.

Et pour le plaisir seul se montrant empressé? — Vous avez raison, je Tavoue; Mais c'est encor l'homme qui voue A toute poésie un culte intéressé, Et celui qui demande à la muse qu'il aime.

Non pas un vil métal, mais la muse elle-même. »

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