LIVRE SIXIÈME
Aussitôt qu'il aurait baillé*.
Jupiter y consent. Contrat passé , notre homme Tranche du roi des airs, pleut, vente, et fait en somme Un climat pour lui seul : ses plus proches voisins Ne s'en sentaient non plus que les Américains. Ce fut leur avantage : ils eurent bonne année,
Pleine moisson, pleine vinée.
Monsieur le receveur fut très-mal partagé.
L'an suivant, voilà tout changé :
Il ajuste d'une autre sorte
La température des cieux.
Son champ ne s'en trouve pas mieux; Celui de ses voisins fructifie et rapporte. Que fait-il? Il recourt au monarque des dieux;
Il confesse son imprudence.
Jupiter en usa comme un maître fort doux.
Concluons que la Providence
Sait ce qu'il nous faut mieux que nous.
LE COCHIT, LE CHAT, ET LE SOURICEAn.
Un souriceau tout jeune, et qui n'avait rien vu,
Fut presque pris au dépourvu.
Voici comme il conta l'aventure à sa mère :
J'avais franchi les monts qui bornent cet État , Et trottais comme un jeune rat Qui cherche à se donner carrière.
Lorsque deux animaux m'ont arrêté les yeux ; L'un doux, nénin, et gracieux.
Et l'autre turbulent, et plein d'inquiétude; Il a la voix perçante et rude,
i. A commandement, et aussitôt qu'il aurait ouvert la bouche-
\44 FABLLS DL LA FONTAliVE.
Sur la tète un morceau de chair, Une sorte de bras dont il s'élève en l'air
Comme pour prendre sa volée,
La queue en panache étalée.
Or, c'était un cochet dont notre souriceau
Fit à sa mère le tableau Comme d'un animal venu de l'Amérique.
Il se battait, dit-il, les flancs avec ses bras,
Faisant tel bruit et tel fracas, Que moi, qui , grâce aux dieux, de courage me piciue,
En ai pris la fuite de peur.
Le maudissant de très-bon cœur.
Sans lui j'aurais fait connaissance Avec cet animal qui m'a semblé si doux :
Il est velouté comme nous.
Marqueté , longue queue , une humble contenance , Un modeste regard , et pourtant l'œil luisant.
Je le crois fort sympathisant Avec messieurs les rats ; car il a des oreilles
En tigure aux nôtres pareilles.
Je l'allais aborder, quand d'un son plein d'éclat
L'autre m'a fait prendre la fuite.
Mon fds, dit la souris, ce doucet est un chat.
Qui, sous son minois hypocrite,
Contre toute ta parenté
D'un malin vouloir est porté.
L'autre animal, tout au contraire,
Bien éloigné de nous mal faire, Servira quelque jour peut-être à nos repas. Quant au chat, c'est sur nous qu'il fonde sa cui?ine.
Garde-loi, tant que lu vivras, De juger des gens sur la mine.