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LIVRE DIXIEME

Chiens, chasseurs, villageois, s'assemblent pour sa perte; Jupiter est là-haut étourdi de leurs cris : C'est par là que de loups l'Angleterre est déserte '.

On y mit notre tête à prix.

Il n'est hobereau qui ne fasse

Contre nous tels bans publier;

Il n'est marmot osant crier Que du loup aussitôt sa mère ne menace.

Le tout pour un âne rogneux , Pour un mouton pourri, pour quelque chien hargneux,

Dont j'aurai passé mon envie.

Eh bien ! ne mangeons plus de chose ayant eu vie : Paissons l'herbe, broutons, mourons de faim plutôt.

Est-ce une chose si cruelle?

Vaut-il mieux s'attirer la haine universelle? Disant ces mots, il vit d3s ?iergers, pour leur rôi,

Mangeant un agneau cuit en broche.

Oh! oh ! dit-il, je me reproche Le sang de cette gent : voilà ses gardiens

S'en repaissants eux et leurs chiens ;

Et moi, loup, j en ferai scrupule !

Non, par tous les dieux! non; je serais ridicule :

Thibaut l'agnelet^ passera.

Sans qu'à la broche je le mette.

Et non-seulement lui, mais la mère qu'il lette.

Et le père qui l'engendra!

Ce loup avait raison. Est-il dit qu'on nous voie

Faire festin de toute proie.

Manger les animaux; et nous les réduirons Aux mets de l'âge d'or autant que nous pourrons !

Ils n'auront ni croc ni marmite !

1. Edgard , roi d'Angleterre , qui régnait vers le milieu du xe siècle, fit faire tous les ans de grandes chasses poi^r la destruction des loups, et convertit le tribut en argent que son prédécesseur Athelstan avait imposé aux souverains de la principauté de Galles, en nn tribut annuel de trois cents têtes de loups. Par ces moyens il détruisit les loups dans toute l'Angleterre.

î. C'est-à-dire, le petit agneau qu'on nomme Thibaut.

i7i FABLES DE LA FONTAINE.

Borgors, bergers! le loup n'a lort Que quand il n'est pas le plus fort : Voulez-vous qu'il > ivc en ermite ?

l'araignée et l'hirondelle.

0 Jupiter, qui sus de ton cerveau, Par un secret d'accouchement nouveau ' , Tirer Pallas, jadis mon ennemie, Entends ma plainte une fois en ta vie! Progné - me vient enlever les morceaux ; Caracolant, frisant l'air et les eaux, Elle me prend mes mouches à ma porte : Miennes je puis les dire; et mon réseau En serait plein sans ce maudit oiseau : Je l'ai tissu de matière assez forte.

Ainsi, d'un discours insolent, Se plaignait l'araignée autrefois tapissière.

Et qui lors étant lilandière Pi'étendait enlacer tout insecte volant.

La sœur de Philomèle , attentive à sa proie. Malgré le heslion ^, happait mouches dans l'air. Pour ses petits, pour elle, impitoyable joie. Que ses enfants gloutons, d'un bec toujours ouvert, D'un ton demi-formé, bégayante couvée, Demandaient par des cris encor mal entendus.

La pauvre aragne* n'ayant plus Que la tète et les pieds, artisans superflus. Se vit elle-même enlevée :

1. Jupiter, incommodé d'un violent mal de tête, implora le secours de Vulcain, qui, d'i^D coup de hache , fit sortir de son cerveau la déesse de la Sagesse tout armée.

2. L'hirondelle, qui , dans la mythologie, provenait de Progné, sœur de Philomèle.

3. Ce mot , anjouid'hui , est hors d'usage : le mot pr'prf» , pour signifier un petit animal , c.ne petite hète, est bettiole , qui a remplacé bcttelcue.

t. Vieux mot , pour araignée.

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