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LIVRE DIXIEME. 2S

Qui ne pûtes jamais écouter sans pudeur

La louange la plus permise,

La plus juste , et la mieux acquise ; Vous enfin, dont à peine ai-je encore obtenu Que votre nom reçût ici quelques hommages. Du temps et des censeurs défendant mes ouvrages, Comme un nom qui , des ans et des peuples connu , Fait honneur à la France , en grands noms plus féconde

Qu'aucun climat de l'univers, Permettez-moi du moins d'apprendre à tout le monde Que vous m'avez donné le sujet de ces vers.

LE MARCHAND, LE GENTILHOMME, L£ PATHE, Eî LE FILS DE HOI

Quatre chercheurs de nouveaux mondes, Presque nus , échappés à la fureur des ondes , Un trafiquant, un noble, un pâtre, un fils de roi.

Réduits au sort de Bélisaire*,

Demandaient aux passants de quoi

Pouvoir soulager leur misère.

De raconter quel sort les avait assemblés. Quoique sous divers points tous quatre ils fussent ués.

C'est un récit de longue haleine.

Ils s'assirent enfin au bord d'une fontaine : Là le conseil se tint entre les pauvres gens. Le prince s'étendit sur le malheur des grands. Le pâtre fut d'avis qu'éloignant la pensée

De leur aventure passée , Chacun fit de son mieux, et s'appliquât au soin

De pourvoir au commun besoin.

La plainte, ajouta-t-il, guérit-elle son homme?

1. Bélisaire était un grand capitaine, qui, ayant commandé les armées de l'empereur et perdu les bonnes grâces de son maître, tomba dans un tel point de misère qu'il demandait l'aumône sur les grands chemins. {Note de La Fontaint.)

Travaillons : c'est de quoi nous mener jusqu'à lioine. In pâtre ainsi parler ! Ainsi parler? croit-on Que le ciel n'ait donné qu'aux tètes couronnceîi

De l'esprit et de la raison ; Et que de tout berger, comme de tout mouton,

Les connaissances soient bornées?

L'avis de celui-ci fut d'abord trouvé bon Par les trois échoués aux bords de l'Amérique. L'un (c'était le marchand) savait l'arithmétique : A tant par mois, dit-il, j'en donnerai leçon.

J'enseignerai la politiq^ic, Reprit le fds de roi. Le noble poursuivit : Moi , je sais le blason ; j'en veux tenir école : Comme si devers l'Inde, on eût eu dans l'esprit La sotte vanité de ce jargon frivole!

Le pâtre dit : Amis, vous parlez bien; mais quoi ! Le mois a trente jours : jusqu'à cette échéance

Jeûnerons-nous, par votre foi?

Vous me donnez une espérance Belle, mais éloignée; et cependant j'ai faim. Qui pourvoira de nous au dîner de demain?

Ou Y>hilôt sur quelle assurance Fondez-vous, dites-moi, le souper d'aujourd'hui ?

Avant tout autre, c'est celui

Dont il s'agit. Votre science Est courte là-dessus : ma main y suppléera.

A ces mots, le pâtre s'en va Dans un bois : il y ft des fagots, dont la vente Pendant celte journée et pendant la suivante, Empêcha qu'un long jeûne à la fin ne fit tant Qu'ils allassent là-bas exercer leur talent.

Je conclus de celte aventure Qu'il ne faut pas tant d'art pour conserver ses jours,

Et, grâce aux dons de la nature, I.a main est le plus sûr et le plus prompt secours.

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