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POUR MONSEIGNEUR LE DUC DU MAINE

Jupiter eut un fils, qui, se sentant du lien

Dont il tirait son origine,

Avait l'âme toute divine.

L'enfance n'aime rien : celle du jeune dieu

Faisait sa principale affaire

Des doux soins d'aimer et de plaire.

En lui l'amour et la raison Devancèrent le temps , dont les ailes légères N'amènent que trop tôt, hélas! chaque saison. Flore aux regards riants, aut charmantes manières, Toucha d'abord le cœur du jeune Olympien. Ce que la passion peut inspirer d'adresse, Sentiments délicats et rempls de tendresse. Pleurs, soupirs, tout en fut bref, il n'oublia rien. Le fils de Jupiter devait, par sa naissance, Avoir un autre esprit, et d'autres dons des cieux,

Que les enfants des autres dieux :

Il semblait qu'il n'agit que p ir réminiscence , Et qu'il ei^it autrefois fait le métier d'amant.

Tant il le fit parfaitement!

Jupiter cependant voulut le laire instruire. Il assembla les dieux, et dit : J'ai su conduire. Seul et sans compagnon, jusqu'ici l'univers;

Mais il est des emplois divers

Qu'aux nouveaux dieux je distribue.

1. Louis- Auguste de Bourbon, duc du Maine, fils de Louis XIV et de madame de Montespan, et élève de madame deMaintenon. Il naquit à Versailles, le 30 mai 1670; et li n'avait que sept à buit ans lorsque LaFontîine lui adressa cette jolie allégorie, à laquelle i' a donné le titre de fable.

Sur cel onfanl cliéri j'ai donc joté la vue :

C'est mon sang: tout est plein déjà de ses autels.

Afin de mériter le rang des immortels,

Il faut qu'il sache tout. Le maître du tonnerre

Eut à peine achevé, que chacun applaudit.

Pour savoir tout, l'enfant n'avait que trop d'espril.

Je veux, dit le dieu de la guerre,

Lui montrer moi-même cet art

Par qui maints héros ont eu part Aux honneurs de l'Olympe , et grossi cet empire.

Je serai son maih'c de lyre,

Dit le blond et docte Apollon. Zt moi, reprit Hercule à la peau de lion ,

Son maître à sui monter les \ices, A dompter les transports, monstres empoisonneurs. Comme hydres renaissants sans cesse dans les cœur;:

Ennemi des molles délices, Il apprendra de moi les sentiers peu battus Qui mènent aux honneurs sur les pas des vertus.

Quand ce vint au dieu de Cylhère,

11 dit qu'il lui montrerait toul.

L'Amour avait raison. De quoi ne vient à bout L'esprit joint au désir de plaire !

ni.

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