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LIVRE PREMIER. 4o

Il était malaisé de décider la chose : Les témoins déposaient qu'autour de ces rayons Des animaux ailés, bourdonnants, un peu longs, De couleur fort tannée, et tels que les abeilles. Avaient longtemps paru. Mais quoi! dans les frelons

Ces enseignes étaient pareilles.

La guêpe , ne sachant que dire à ces raisons , Fit enquête nouvelle, et, pour plus de lumière.

Entendit une fourmilière.

Le point n'en put être éclairci.

De grâce, à quoi bon tout ceci?

Dit une abeille fort prudente.

Depuis tantôt six mois que la cause est pendante ,

Nous voici comme aux premiers jours.

Pendant cela le miel se gâte.

Il est temps désormais que le juge se hâte :

N'a-t-il point assez léché l'ours ' ?

Sans tant de contredits, et d'interlocutoires,

Et de fatras, et de grimoires.

Travaillons , les frelons et nous :

On verra qui sait faire, avec un suc si doux,

Des cellules si bien bâties.

Le refus des frelons fit voir

Que cet art passait leur savoir; Et la guêpe adjugea le miel à leurs parties.

Plût à Dieu qu'on réglât ainsi tous les procès ! Que des Turcs en cela l'on suivit la méthode ? Le simple sens commun nous tiendrait lieu de code :

Il ne faudrait point tant de frais;

Au lieu qu'on nous mange, on nous gruge;

On nous mine par des longueurs; On fait tant, à la fin, que l'huître est pour le juge,

Les écailles pour les plaideurs.

1. Expression proverbiale, fondée sur une erreur populùre, et qui vent dire ici : N'a-t-il pas assez sucé les parties en prolongeant le procès?

LE CeÈNE ET LE ROSEAC.

Le chêne un jour dit au roseau :

Vous avez bien sujet d'accuser la nature ; Un roitelet pour vous est un pesant fardeau;

Le moindre vent qui d'aventure

Fait rider la face de l'eau ,

Vous oblige à baisser la tète ; Cependant que mon front, au Caucase pareil, Non content d'arrêter les rayons du soleil ,

Brave l'effort de la tempête.

Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage

Dont je couvre le voisinage.

Vous n'auriez pas tant à souffrir;

Je vous défendrais de l'orage :

Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du venU La nature envers vous me semble bien injuste. Votre compassion, lui répondit l'arbuste, Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci :

Les venls me sont moins qu'à vous redoutables. Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici

Contre leurs coups épouvantables

Résisté sans courber le dos; Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots, Du bout de l'horizon accourt avec furie

Le plus terrible des enfants Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.

L'arbre tient bon ; le roseau plie.

Le vent redouble ses efforts.

Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était \oisine, Et dont les pieds louchaient à l'empire des morts.

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