AUX NYMPHES DE VAUX
Remplissez l'air de cris en vos grottes profondes , Pleurez, nymphes de Vaux, faites croître vos ondes, Et que l'Anqueuil- enflé ravage les trésors Dont les regards de Flore ont embelli ses bords. On ne blâmera point vos larmes innocentes; Vous pouvez donner cours à vos douleurs pressantes; Chacun attend de vous ce devoir généreux : Les Destins sont contents : Oronle est malheureux. Vous l'avez vu naguère au bord de vos fontaines, Qui , sans craindre du sort les faveurs inceitaines , Plein d'éclat, plein de gloire, adoré des mortels, Recevait des honneurs qu'on ne doit qu'aux autels '. Hélas! qu'il est déchu de ce bonheur suprême! Que vous le trouveriez différent de lui-même! Pour lui les plus beaux jours sont de secondes nuits : Les soucis dévorants, les regrets, les ennuis,
1. Fonquet, dans le momont (lésa pins grande fortune, et , à ce qu'il croyait, de sa plus haute faveur, fut arrêté à Nantes le 5 septembre 1661 , c'est-à-dire dix-neuf jours après aToir donné à Lonis XFV et à toute sa cour une fête splendide dans son superbe château d« Vani. Les rigueurs du roi à son égard firent craindre qu'on n'ctit le dessein de le faire périr. La Fontaine s'adresse dans cette éiés'ie aux nymphes de Vaui ; il leur confie ses douleurs sur le malheur de son ami , et il les supplie de fléchir le roi en faveur de celui «ici I embelli leurs demeures avec tant de magnificence.
2. L'Anqueuil est une petite rivière qui passe à Vaux. ( A'o/e de La, Fontaine. ) i. La Fontaine rappelle ici la fête de Vaux, qui eut lieu le 17 aoiit 1601.