LA COLOMBE ET LA FOURMI
L'autre exemple est tiré d'animaux plus petits.
Le long d'un clair ruisseau buvait une colombe , Quand sur l'eau se penchant une fourmis y tombe, Et dans cet océan l'on eût vu la fourmis S'efforcer, mais en vain , de regagner la rive. La colombe aussitôt usa de charité :
Un brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté, Ce fut un promontoire où la fourmis arrive.
Elle se sauve. Et là-dessus Passe un certain croquant qui marchait les pieds nus Ce croquant, par hasard, avait une arbalète.
Dès qu'il voit l'oiseau de Vénus, Il le croit en son pot , et déjà lui fait fête. Tandis qu'à le tuer mon villageois s'apprête,
La fourmis le pique au talon.
Le vilain retourne la tète :
La colombe l'entend , part , et tire de long. Le souper du croquant avec elle s'envole :
Point de pigeon pour une obole.
l'astrologue qui se laisse tomber dans un PUITg.
Un astrologue un jour se laissa choir Au fond d'un puits. On lui dit : Pauvre bête, Tandis qu'à peine à tes pieds tu peux voir, Penses-tu lire au-dessus de ta tète?
Celle aventure en soi, sans aller plus avant, Peut servir de leçon à la plupart des hommes.
Paimi ce que de gens sur la terre nous sommes ,
Il en est peu qui fort souvent
Ne se plaisent d'entendre dire Qu'au livre du Destin les mortels peuvent lire. Mais ce livre, qu'Homère cl les siens ont chanté, Qu'est-ce, que le Hasard parmi l'anfiquilé,
Et parmi nous, la Providence?
Or, du hasard il n'est point de science :
S'il en était, on aurait tort De l'appeler hasard, ni fortune, ni sort;
Toutes choses très-incertaines.
Quant aux volontés souveraines De celui qui fait tout, et rien qu'avec dessein, Qui les sait, que lui seul? Comment lire en son sein? Aurait-il imprimé sur le front des étoiles Ce que la nuit des temps enferme dans ses voiles ? A quelle utilité? Pour exercer l'esprit De ceux qui de la sphère et du glohe ont écrit ? Pour nous faire éviter des maux inévitables? Nous rendre, dans les biens, de plaisirs incapables? Et, causant du dégoût pour ces biens prévenus, Les convertir en maux devant qu'ils soient venus? C'est erreur, ou plutôt c'est crime de le croire. Le firmament se meut, les astres font leur cours,
LC soleil nous luit tous les jours, Tous les jours sa clarté succède à l'ombre noire, Sans que nous en puissions autre chose inférer Que la nécessité de luire et d'éclairer. D'amener les saisons, de mûrir les semences, De verser sur les corps certaines influences. Du 1 este , en quoi répond au sort toujours divers Ce train toujours égal dont marche l'univers?
Charlatans, faiseurs d'horoscope, Quittez les cours des princes de l'Europe : Emmenez avec vous les souffleurs' tout d'un temps;
I. C'est-à-dire les alchimistes, ceni qui cherchent la pierre philosophale. Le mol louf» fleur était très-usité , dans cette acception, du temps de La Fontaine.