‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 46 sur 304 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

fAii commanda de braire, assuré qu'à ce son Les moins intimidés luiraient de leur maison. Leur troupe n'était pas encore accoutumée

A la tempête de sa voix ; L'air en retentissait d'un bruit épouvantable : La frayeur saisissait les hôtes de ces bois; Tous fuyaient, tous tombaient au piège inévitable

Où les attendait le lion.

N'ai-je pas bien servi dans cette occasion ? Dit l'âne en se donnant tout l'honneur de la chasse. Oui, reprit le lion, c'est bravement crié : Si je ne connaissais ta personne et ta race,

J'en serais moi-même effrayé.

L'âne, s'il eût osé, se fût mis en colère, Encor qu'on le raillât avec juste raison; Car qui pourrait souffrir un âne laniaron ?

Ce n'est pas là leur caractère.

TESTAMENT EXPLIQUÉ ISi 8 ÉSOfT.

Si ce qu'on dit d'Ésope est vrai, C'était l'oracle de la Grèce :

Lui seul avait plus de sagesse

Que tout l'aréopage. En voici pour essai Une histoire des plus gentilles.

Et qui pourra plaire au lecteur.

Un certain homme avait trois filles , Toutes trois de contraire humeur :

Une buveuse; une coquette; La troisième, avare parfaite.

Cet homme , par son testament , Selon les lois municipales ,

Leur laissa tout son bien par portions égales, En donnant à leur mère tant,

Paya1)lc quand chacune d'elles Ne posséderait plus sa contingente part.

Le père mort, les trois femelles Courent au testament, sans attendre plus tard.

On le lit, on tâche d'entendre

La volonté du testateur ;

Mais en vain : car comment comprendre

Qu'aussitôt que chacune sœur Ke possédera plus sa part héréditaire, Il lui faudra payer sa mère?

Ce n'est pas un fort bon moyen

Pour payer, que d'être sans bien.

Que voulait donc dire le père ?

L'affaire est consultée; et tous les avocats,

Après avoir tourné le cas

En cent et cent mille manières, Y jettent leur bonnet, se confessent vaincus,

F^t conseillent aux héritières De partager le bien sans songer au surplus.

Quant à la somme de la veuve.

Voici, leur dirent-ils, ce que le conseil treuvc' : Il faut que chaque sœur se charge par traité

Du tiers, payable à volonté; Si mieux n'aime la mère en créer une rente.

Dès le décès du mort courante.

La chose ainsi réglée, on composa trois lots :

En l'un les maisons de bouteille,

Les biiffets dressés sous la treille , La vaisselle d'argent, les cuvettes, les brocs.

Les magasins de Malvoisie ^, Les esclaves de bouche, et, pour dire en deux mots.

L'attirail de la goinfrerie; Dans un autre, celui de la coquellerie.

1. Trouve. 31iirot et Corrozcl, et la pliiparl des poêles du xvie siècle, écrivent presque toujours treuve. Gel us.i^re subsislait encore lorsque La Fontaine publia celte première partie de ses fables.

2. C'est-à-dire, de vin doui. La Malvoisie est nu vin crée qrii croit dai:.s les environs d- S'ijiOli di ilaU'Jsia en Mnrce, ou ians le rélopoucie des anciens

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