‹ Fables. Précédées d'une noticeChapitre 66 sur 304 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

tE LION AMOUREUÏ.

A MADEMOISELLE DE SÉVIGMé'.

Sévigné, de qui les altrails Servent aux Grâces de modèle, Et qui naquîtes toute belle , A votre indifférence près , Pourriez-vous être favorable Aux Jeux innocents d'une fable , Et voir, sans vous épouvanter Un lion qu'Amour sut dompter ?

Amour est un étrange maître !

Heureux qui peut ne le connaître Que par récit , lui ni ses coups !

Quand on en parle devant vous , Si la vérité vous offense , La fable au moins se peut souffrir :

Celle-ci prend bien l'assurance De venir à vos pieds s'offrir, Par zèle et par reconnaissance.

Du temps que les bètes parlaient , Les lions entre autres voulaient

t. Françoise-Marguerite de Sévigné, fille de la célèbre madame de Sévigné. Elle avait à pea près vingt ans lorsqu'en 1668 La Fontaine fit paraître cette fable qu'il lui avait dédiée. Ce fut un an après, le 29 janvier 1669, qu'elle épousa M. de Grigpan.

92 FABLES DE LA FOX i Al ]NE.

Être admis dans notre alliance.

Pourquoi non? puisque leur engeance Valait la nôtre en ce temps-là, Ayant courage, intelligence, Et belle hure outre cela.

Voici comment il en alla :

Un lion de haut parentage ,

En passant par un certain pré.

Rencontra bergère à son gré :

Il la demande en mariage.

Le père aurait tort souhaité

Quelque gendre un peu moins terrible.

La donner lui semblait bien dur :

La refuser n'était pas sûr ;

Rlème un refus eût fait, possible,

Qu'on eût vu quelque beau matin

Un mariage clandestin :

Car, outre qu'en toute manière

La belle était pour les gens fiers ,

Fille se coiffe volontiers

D'amoureux à longue crinière.

Le père donc ouvertement

N'osant renvoyer notre amant,

Lui dit : Ma tille est délicate;

Vos griffes la pourront blesser

Quand vous voudrez la caresser.

Permettez donc qu'à chaque patte

On vous les rogne; et pour les dents ^

Qu'on vous les lime en môme temps :

Vos baisers en seront moins rudes.

Et pour vous plus délicieux ;

Car ma fdle y répondra mieux.

Étant sans ces inquiétudes.

Le lion consent à cela,

Tant son Ame était aveuglée !

Sans dents ni griffes le voilà

. ^/^my ■ /-r/ti^^Mt */ *»/.

[LIE [g[E[ê®E[B ET 1^ 'mm..

^/'«/■/•,/l,„- >«w-, ,r ly^Kt.,

Page 1